DESIRE BARODET (1823-1906)  

 

DESIRE BARODET

 

1823 – 1906

 

 

Condisciple de Pierre Vaux à l’Ecole Normale de Mâcon, révoqué comme lui pour ses convictions républicaines, Désiré Barodet, né à Sermesse (canton de Verdun-sur-le-Doubs) le 27 juillet 1823, ne connaîtra pas le destin tragique de son collègue de Longepierre qui finira sa vie au bagne. Des circonstances favorables, une certaine audace teintée d’opportunisme lui permettent de « rebondir », sur une trajectoire politique presque sans faille.

L’INSTITUTEUR REPUBLICAIN

 

Après des années d’études au Petit Séminaire puis à l’Ecole Normale, Barodet occupe plusieurs postes d’instituteur en Bresse : Fébuans (Jura), Saint-Usuge, Mervans.

Enthousiasmé par la Révolution de 1848, il se lance dans la propagande anticléricale et républicaine, encouragé par la circulaire du ministre de l’Instruction publique, Hippolyte Carnot, qui transforme les maîtres d’école en agents électoraux : ordre de mission bien imprudent puisque, lorsque survient la réaction consécutive aux élections législatives de 1849, le préfet bonapartiste Le Roy multiplie les révocations de maires et d’instituteurs, dont celle de Barodet, le 10 juin 1849. Contrairement à Pierre Vaux qui reste dans le village où de redoutables ennemis le perdront, Barodet change de commune, ouvre une école libre à Cuisery : il y restera jusqu’au Coup d’Etat du 2 décembre 1851.

L’ETAPE LYONNAISE

 

Commence alors pour le maître sans école une reconversion difficile dans la région lyonnaise où il occupe divers emplois de comptable dans des maisons de commerce et d’industrie, une compagnie d’assurances, cependant qu’il persiste dans ses activités militantes et clandestines auprès des républicains locaux et dans la franc-maçonnerie.

Quand survient le 4 septembre 1870, Barodet est l’un des premiers à s’emparer de l’Hôtel-de-Ville de Lyon et à proclamer la déchéance de l’Empire au sein du Comité de Salut Public. Très vite il est porté aux affaires (adjoint au maire Hénon, membre de l’administration provisoire du département) et se signale par ses positions ou décisions fermes : protestation contre l’armistice, substitution du drapeau tricolore à la place du drapeau rouge arboré sur l’Hôtel-de-Ville* ; il fait échouer la tentative d’instauration d’une Commune à Lyon pour soutenir Paris insurgé (il tentera par la suite de faire oublier cette dernière attitude en demandant l’amnistie des Communards). Fidèle soutien du maire dont il oriente souvent la politique, il lui succède naturellement le 23 avril 1872 quand ce dernier meurt. A ce poste, qu’il conservera 353 jours, il bataillera avec fermeté contre l’administration pour la laïcisation des écoles primaires de Lyon.

La suppression de la mairie centrale de Lyon, le 4 avril 1873, met fin à la carrière lyonnaise de Barodet. Cette mesure, décidée par l’Assemblée conservatrice de 1871, à supposer qu’elle ait tenté de le briser, lui servira en réalité de tremplin.

                             

                               [Photo site web du Sénat]

LA CARRIERE PARISIENNE

 

A l’occasion d’une élection complémentaire dans le 4e arrondissement de Paris, Gambetta fait appel à Barodet pour s’opposer à Rémusat, ministre des Affaires Etrangères et candidat soutenu par Thiers. « Je préfèrerais rester simplement et tout naturellement le candidat de la protestation lyonnaise, écrit Barodet, mais je suis avant tout le serviteur de la République, et si l’on songe à Lyon que je dois accepter la candidature de Paris, plein de confiance en vous, encouragé et fortifié par votre puissant appel, j’obéirai. » Dans sa profession de foi, le candidat retient quatre propositions : dissolution de l’Assemblée de Versailles, convocation d’une Constituante souveraine, levée de l’état de siège (qui dure depuis 1871), amnistie des Communards. Le 27 avril 1873, Barodet l’emporte sur Rémusat : cette élection, dont l’issue avait pris valeur d’enjeu national, sera à l’origine de la chute de Thiers le 24 mai, renversé par la majorité conservatrice de l’Assemblée. Dans ses écrits, Barodet niera avoir voulu faire tomber le Président de la République dont il ne devait guère partager les idées en matière scolaire. Rappelons au passage les mots de ce dernier, prononcés en commission parlementaire dès 1849 :

« L’enseignement primaire ne doit pas forcément et nécessairement être mis à la portée de tous ; j’irai même jusqu’à dire que l’instruction est suivant moi un commencement d’aisance et que l’aisance n’est pas réservée à tous » (cité par A. Prost, Histoire de l’enseignement en France, Colin, 1968, p. 151)

Barodet sera constamment réélu député dans le même arrondissement jusqu’en 1893. Il siège parmi les radicaux (c’est-à-dire l’extrême gauche parlementaire de l’époque), dont il devient le président à la place de Louis Blanc. Parmi ses engagements notoires, on peut citer son abstention lors du vote de la Constitution de 1875 puis, lors de la crise du 16 mai 1877, son opposition à Mac-Mahon, qui veut imposer un gouvernement contraire aux résultats des élections et dissoudre la Chambre. En tant que député, Barodet concentre son énergie sur la question scolaire. Dès 1877, il soutient un projet de loi sur l’enseignement laïc et obligatoire ; il est l’un des principaux rédacteurs des lois scolaires de la Troisième République ; il œuvre pour améliorer le sort matériel des instituteurs et des Ecoles normales. Sur d’autres plans, il propose l’extinction de l’héritage en ligne collatérale, s’acharne à faire appliquer la loi contre les congrégations religieuses. Enfin, il fait adopter par la Chambre un recueil des « programmes et engagements électoraux des candidats à la députation », qu’un polémiste surnommera « catalogue des promesses non tenues » et que les historiens appellent « le Barodet », livre des professions de foi.

Après un premier échec en 1877, Barodet parvient à se faire élire au Sénat le 12 avril 1896, dans les rangs de la Gauche démocratique. Il y proposera sans succès l’abolition de la peine de mort « pour inaugurer le 20e siècle par un grand acte d’humanité et de civilisation ». Militant et pragmatique, Barodet a aussi rédigé quelques ouvrages polémiques, anticléricaux et anti-réactionnaires (Le Droit prime la force, Les vilénies de l’ordre moral) et quelques recueils de souvenirs (Eclaircissements historiques).

Il finira ses jours à Vincelles (Jura), petit village du Revermont, non loin de Fébuans où il avait débuté comme maître d’école. Mais il avait souhaité être inhumé à Lyon, ville de ses premiers pas en politique, précisément au cimetière de la Croix-Rousse, quartier des Canuts, acrobatiquement étagé sur les pentes de « la colline qui travaille » (Michelet) ; là, deux rues rappellent le souvenir de Hénon et de Barodet. C’est dans ce même cimetière qu’en 1910 Edouard Herriot honorera la mémoire de son prédécesseur à la mairie de Lyon en inaugurant le monument élevé sur sa tombe par souscription publique.

 

                          

SOURCES

 

CHANUSSOT J.L. Un bressan méconnu : Désiré Barodet. Bulletin des Amis du Vieux Cuisery, n° 56, juillet 2002.

 

MOISSONNIER M. Aux débuts de la IIIe République. Cahiers du Rhône 89, n° 11, 1992, p. 24-33.

 

MOISSONNIER M. et al. 24 maires de Lyon pour deux siècles d’histoire. LUGD, 1994.

 

Dictionnaire de biographie française. 1951.

 

Dictionnaire des parlementaires français. 1969.

 

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