ECOLES ET TERROIRS EN SAONE-ET-LOIRE  

 

 

ECOLES ET TERROIRS EN SAONE-ET-LOIRE

 

 

Si la maison d’école a tendance à se démarquer de l’environnement bâti rural ou urbain, par sa morphologie, par l’emploi et le traitement du matériau, présente-elle néanmoins une identité particulière selon le terroir où elle est implantée ?

 

L’AUTUNOIS.

 

Un modèle très répandu est le bâtiment à plan « en T » où l’aile scolaire se cache derrière la mairie à étage : l’architecte Léger en a répandu le type vers 1850-1870 (Reclesne, Saint-Jean-de-Trézy, Uchon, etc.) trouvant en Lefèvre un disciple dans la région creusotine (Marmagne, Saint-Sernin-du-Bois, Torcy). On trouve aussi beaucoup d’édifices très simples, d’un seul niveau avec toit à deux versants, qui ne se distinguent de l’habitat local que par leurs larges ouvertures. Mais paradoxalement, on rencontre, même en Morvan, de très grands et très beaux bâtiments tardifs, de la fin du 19e siècle ou du début du 20e (Anost, Cussy, Dracy-Saint-Loup) conçus par les grands architectes qui ont marqué la Saône-et-Loire (Boiret, Dulac, Poinet). A Autun, l’école de la rue Bouteiller (Truchot) est le seul véritable palais scolaire tandis que Le Creusot se dote au 20e siècle d’édifices d’une ampleur exceptionnelle (Groupes Sud, Est). Enfin, cédant à la mode, l’architecte Pinard, d’Etang-sur-Arroux, a créé vers 1900 d’originales « villas scolaires » (Mesvres, Saint-Didier-sur-Arroux).

 

LE CHALONNAIS.

 

Trois architectes y ont marqué les grandes périodes de l’architecture scolaire. Vers 1830, Zolla a construit ou approprié de grands bâtiments à l’image des anciens presbytères avec un niveau de combles élevé ; il est aussi le maître d’œuvre des « écoles-lavoirs » de la région de Sennecey-le-Grand, formule inédite qui ne se voit qu’ici en Saône-et-Loire (Sennecey, Balleure, Tallant). Au milieu du 19e siècle, Narjoux, imité par Bosviel, Lewal et Mathey, a multiplié sur le modèle de la maison bourgeoise, ces écoles à corps unique coiffé d’un toit aigu à croupes avec des baies en arc plein cintre (Laives illustre côte à côte deux exemples parfaits de réalisations par Zolla et Narjoux). Avec la République, le sénateur-architecte Dulac, disciple de Viollet-le-Duc, rompt avec le classicisme en créant des édifices de style néo-gothique, proche de l’éclectisme, caractérisés toujours par un bel appareil de pierre, souvent par des arcades briquetées (Bissy-sur-Fley, Ecuisses, Saint-Mard-de-Vaux, etc.) : la moitié de son legs est situé en Chalonnais (17 écoles). Larnoy dans le Verdunois, Gindriez dans la Côte (Sainte-Hélène) et en Bresse chalonnaise (Saint-Germain-du-Plain, Saint-Marcel, etc.) en furent un peu les émules. L’architecte d’origine doloise Jean, au cours de sa longue carrière, a accompli une œuvre variée qui va du néo-classicisme (Rosey) à l’éclectisme (Rully). Chalon a les palais scolaires dignes de son importance (Groupe de La Citadelle). A Montceau-les-Mines, avec les écoles des Houillères, Goichot s’était fait le champion du compromis entre structure ternaire et plan en T, ainsi que du décor briqueté. La rigueur monumentale de Dulac, pour la première école républicaine (Actuel musée La Maison d’Ecole), présente un contraste d’autant  plus frappant.

 

 

 

LE MÂCONNAIS.

 

Précocement équipées, les communes se sont souvent dotées de deux, voire trois générations d’écoles. Les premières, dues vers 1830-1840 à Roch, Vaillant et Arcelin, assez discrètes, souvent désaffectées, passent presque inaperçues aujourd’hui (Saint-Amour, Senozan, Varennes). Il n’existe pas vraiment d’architecture mâconnaise, des architectes comme Berthier - par ailleurs chantre du néo-roman pour ses églises - ou Guillemin, au milieu du 19e siècle, n’ayant pas imposé un style. Outre Dulac, que l’on retrouve ici (Burgy, Chasselas, Fuissé, Verzé,), l’architecte départemental Giroud a marqué l’ère républicaine avec ses baies chanfreinées soulignées d’un cordon (Cluny, Fleurville). Les constructions les plus emphatiques datent de la fin du 19e, du début du 20e siècle, grâce à Pinchard (Clessé, Pruzilly, Solutré), Boiret (Saint-Maurice-de-Satonnay), Ferret (Saint-Martin-Belle-Roche), et Blanc qui a réalisé les « palais scolaires » de Tournus. A Mâcon, Keller n’a fait que reprendre quatre fois à l’identique le même programme (Rambuteau, Carnot, rue de Lyon).

 

LA BRESSE.

 

La vieille chaumière à colombages appropriée en école a longtemps perduré, de la Restauration à la République parfois. Vers 1850, les belles constructions en briques, de l’architecte Gaguin notamment, s’imposent et continuent à fleurir jusqu’à la fin du siècle (La Chaux, Terrans, etc.), auxquelles succèdent les grandes écoles de la IIIe République avec Chaumy, Gindriez, Poinet, Rousseau (Bantanges, Devrouze, Mouthier, Condal, Beaurepaire, etc.). Louhans, capitale oblige, possède de belles écoles, mais Saint-Martin-en-Bresse, avec les œuvres de Dulac et de Larnoy, peut mieux que tout autre commune revendiquer le terme de « palais scolaires » pour ses écoles du bourg.

 

LE CHAROLAIS.

 

La maison d’école typique est calquée sur le modèle de la maison de maître à étage avec toit à croupes (Grandvaux, Ouroux, etc.), même à la fin du 19e siècle. Les seules initiatives originales reviennent à Bonnet et sa structure ternaire d’inspiration néo-classique (Baron, Suin, Saint-Didier-en-Brionnais), ainsi qu’à Della-Jogna qui introduit une touche néo-gothique discrète dans ses édifices (Saint-Vincent-Bragny, Poisson, Curdin, etc.). La fin du 19e siècle est marquée par quelques belles réalisations de Jourdier (Vareilles) et de Rotival (Génelard, Martigny-le-Comte), tandis que l’influence de Goichot est sensible à la proximité du bassin minier (Sanvignes-les-Mines, Toulon-sur-Arroux). Les écoles de Bourbon-Lancy (Charbonnel, Guillemet) et de Ferret (Vitry-sur-Loire, Neuvy-Granchamp) sont aussi des « palais de la République » un peu marginaux en cette contrée.

 

LES VILLES.

 

L’école y a longtemps bénéficié de locaux hérités de l’Ancien Régime (Congrégations, monastères ou bâtiments publics), parfois jusqu’à nos jours (Charolles, Chalon). Ces vastes édifices ont d’abord permis d’y établir des écoles mutuelles (Autun, Chalon). Les grands groupes scolaires sont la plupart du temps des constructions tardives (1890-1914). Dans les villes industrielles (Le Creusot, Montceau), les municipalités se sont souvent satisfaites des institutions scolaires du patronat local (Au Creusot, jusque dans l’Entre-Deux-Guerres, la majorité des écoles est encore établie dans des locaux privés loués par la Ville). La construction des écoles y apparaît donc comme un symbole politique majeur (Municipalité républicaine à Montceau en 1879, socialiste au Creusot en 1925).

 

 

[Une première version de ce texte a paru dans Images de Saône-et-Loire, n° 104, 1996 : A.Dessertenne et J.F. Rotasperti, Ecoles et pays en Saône-et-Loire.]

 

                                         

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