HYDROGRAPHIE DANS LE HAUT BASSIN DU MESVRIN  

 

 

Recherche sur les sources du Mesvrin et archéologie des anciens étangs

 

Chacun s’accorde à reconnaître qu’il convient d’appeler Mesvrin, affluent en rive gauche de l’Arroux, la rivière issue de l’étang du même nom, à la jonction des communes de Saint-Sernin-du-Bois, Saint-Firmin et Le Creusot. Mais c’est en amont dudit étang que l’hydrographie se complique un peu. Où le Mesvrin prend-il sa source exactement ? La logique commande donc de remonter méthodiquement aux sources des divers ruisseaux dont les eaux aboutissent au point de passage obligé que constitue l’étang cité. Le bassin versant naturel draînant toutes les eaux en amont de cette retenue, forme ce que nous conviendrons d’appeler le haut-bassin du Mesvrin.

 

Le seul examen de la carte nous révèle que cette contrée est parsemée d’étangs. Or l’étude des anciens terriers seigneuriaux, notamment ceux de Saint-Sernin-du-Bois et de Brandon, nous fournit de nombreuses indications relatives à ces retenues d’eau. En outre, les archives nous apprennent l’existence d’étangs asséchés dont nous avons systématiquement recherchée les vestiges sur le terrain. L’un des buts de cette note sera donc le bilan de cette « archéo-hydrographie ». Enfin, toujours d’un point de vue historique, on pourra souligner les concordances constatées entre les données hydrographiques et les découpages administratifs modernes calqués la plupart du temps sur d’anciennes limites territoriales.

 

1. LIMITES HYDROGRAPHIQUES DU BASSIN DU MESVRIN.

 

Le haut-bassin du Mesvrin, au sens défini ci-dessus, est limité immédiatement à l’ouest par l’étroit bassin versant du ruisseau de Saint-Sernin, et au nord-ouest par celui, beaucoup plus vaste du Rançon. Le premier, formé par les ruisseaux de la Pissoire, de la Mouille du Pot et de la Fontaine-Sainte ou de la Borne Creuse, rejoint le Mesvrin à quelques centaines de mètres en aval de l’étang de Mesvrin ; le second, né de plusieurs ruisselets du plateau d’Antully, ne retrouve le cours principal du Mesvrin qu’en aval de Broye, au Maupoy. Au nord, nous touchons au bassin de la Drée dont les eaux arrosent la dépression d’Epinac avant de rejoindre l’Arroux près de Dracy-Saint-Loup, tandis qu’au sud s’étale l’ample dépression de la Bourbince.

 

Tous ces bassins naturels ont en commun d’être ouverts sur le versant atlantique ; il n’en est pas de même du bassin situé à l’est de la région étudiée ici, celui de la Dheune qui envoie ses eaux vers la Méditerranée par la Saône. La ligne de partage s’étire entre la Beaujarde et Epoigny, en passant par Drevin où se situe le point culminant (494 m). Deux autres points géographiques remarquables méritent d’être signalés. Près de la Croix Valot, à 466 m, se trouve le point de jonction des bassins du Mesvrin, de la drée et de la Dheune. Au Theurot de la Motte, près des Couchets, à 444 m, les eaux peuvent ruisseler vers les bassins du Mesvrin, de la Bourbince et de la Dheune.

 

 

2. SOURCES ET RUISSEAUX DU HAUT-BASSIN DU MESVRIN

 

D’après la cartographie moderne (cadastre et carte de l’I.G.N.), le Mesvrin naît au confluent des eaux de la Vèvre et du ruisseau de Champitaux, à la queue de l’étang de Mesvrin.

 

1. La Vèvre et ses affluents.

 

La Vèvre elle-même - telle que représentée sur la carte de l’I.G.N. - ne forme qu’une portion de cours d’eau entre le confluent cité et la rencontre, quelques kilomètres en amont, du ruisseau de Brandon avec celui de Prodhum. Encore convient-il d’ajouter l’apport des ruisseaux de Vorneuf ou Vornay issu de Brandon, et de Luchet.

 

1.1 La Vèvre, dans son cours supérieur, sert de limites aux cantons de Couches et du Creusot ; elle arrose successivement le territoire du Breuil, où elle faisait tourner un moulin qui porte son nom, puis celui de Saint-Firmin.

 

1.2 Le ruisseau de Prodhum traverse la seule commune de Saint-Pierre-de-Varennes du nord-est au sud-ouest. Son nom en fait une déformation de Pré-Audin, lieu mentionné dans le terrier de Brandon en 1525. Il se fraie un large passage dans le vallon séparant le hameau des Couchets et le bourg de Saint-Pierre. En amont de Vernotte, il draîne les eaux du vallon de Saint-Marc. Les eaux ruissellent des hauteurs de la Panérée (422 m), ligne de crête majeure séparant les bassins méditerranéens et atlantiques.

 

1.3 Le ruisseau de Vorneuf ou Vornay sert actuellement de limite entre les communes de Saint-Firmin et de Saint-Pierre-de-Varennes ; il prend naissance à l’étang des Bois (435 m) dit « étang de la Moutelle » au pied du château de Brandon.

 

1.4 Le ruisseau de Brandon issu du grand étang de Brandon, n’arrose que la commune de Saint-Pierre où il faisait tourner les moulins de Brandon et de Grisy. Le grand étang de Brandon est lui-même alimenté par sept arrivées d’eau, parmi lesquelles le ruisseau des Charbottins et celui de Valsantin constituent les apports principaux.

 

1.4.1 Le ruisseau des Charbottins draîne les eaux de deux rus mineurs : l’un, arrosant les prairies d’Epiry, est issu des Eterpes (440 m), à la limite des territoires de Saint-Martin-de-Commune et de Saint-Emiland, ce qui correspond d’ailleurs aux confins des bassins de la Drée et du Mesvrin ; le second ruisselle dans un vallon du bois des Marauds où il prend naissance à 450 m, au point de jonction des communes de Couches, Saint-Pierre-de-Varennes et Saint-Martin-de-Commune.

 

1.4.2 Le ruisseau de Valsantin traverse le plateau portant le hameau du même nom, point de rencontre des communes de Saint-Pierre, Saint-Firmin et Saint-Emiland. Il est issu du bois des Crots, creusé de nombreuses carrières dont certaines exploitées aux époques gallo-romaines et médiévales. Au cœur de la forêt, se cache la source de la Michère (475 m), sans doute celle que G. Tacnet, de la Société d’Histoire naturelle du Creusot, a identifiée comme ancienne fontaine de la Pierre au Chat signalée par l’archélogue J.G. Bulliot en 1868 [Le culte des eaux sur les plateaux éduens, 1868] : il existait en effet un bois portant ce nom et jouxtant le bois des Crots ; il dépendait de la seigneurie de Brandon sous l’Ancien Régime, dont une maison isolée au nord du hameau des Ripards et une parcelle boisée près de La Croix Forêt perpétuent l’appellation. Observons enfin que la source de la Michère n’est qu’à quelques centaines de mètres de la ligne de crête séparant les bassins du Mesvrin et de la Drée, approximativement suivie par la voie forestière d’Epiry à Prodhun.

 

2. Le ruisseau de Champitaux et ses affluents.

 

Revenons maintenant en amont de l’étang de Mesvrin, à l’endroit où la Vèvre reçoit sur sa rive droite les eaux issues de la vallée de Bouvier-Champitaux. Ce petit bassin présente un réseau hydrographique moins complexe que le précédent.

 

2.1 Le ruisseau de Champitaux.

 

Entre Mesvrin et Bouvier, il sert de limite aux communes de Saint-Sernin-du-Bois et Saint-Firmin, se frayant un lit étroit dans une gorge taillée à travers de beaux filons de granite ; en amont du pont des Chevreaux, il offre même l’aspect d’un petit torrent. Entre Bouvier et la tour de Champitaux, son cours serpentant à travers les prairies s’assagit, remontant ainsi jusqu’à l’étang de Champitaux, dans lequel se reflète la vieille tour de la maison forte édifiée au milieu du 14e siècle par les seigneurs d’Antully. L’étang est essentiellement alimenté par un ru né de sources situées au voisinage des Ripards, l’une d’elle sourdant au-delà du bois de l’étang qui borde le hameau vers le nord (470 m).

 

Il est intéressant de noter que cette source est située à un kilomètre environ de la Michère qui donne naissance au ruisseau de Valsantin : le site de Valsantin constitue donc le point de partage des eaux des ruisseaux de Brandon/Vèvre et de Champitaux qui se rejoindront en amont de l’étang de Mesvrin, après avoir longuement contourné le plateau granitique dominé de toutes part par la haute silhouette du château de Brandon. Notons à ce propos que c’est le bois de la Patte (485 m), près de la ferme des Tardes, et non Brandon, qui est le point culminant de ce plateau.

 

2.2 Le ruisseau des Prés Saunais.

 

Un peu en aval de l’étang de Champitaux, arrive en rive droite du ruisseau précédent, les eaux d’un ruisseau dont nous allons remonter le cours ; le plan cadastral de Saint-Firmin le mentionne sous le nom de ruisseau des Prés Saunais. Près de la Verrerie (commune d’Antully), qui rappelle le souvenir d’une verrerie artisanale du 18e siècle, ce même ruisseau côtoie la source dite du Pré de Pierres (495 m) aux confins des territoires de Saint-Firmin et d’Antully. Nous sommes près de l’ancienne carrière de Prodhun, bien connue des géologues pour ses vestiges de « plage triasique » (ripple-marks ou rides de courant, empreintes de petits dinosaures).

 

2.2.1 Le ruisseau du Maupas.

 

Un premier ru nous remonte à l’étang du Maupas (520 m) où nous pensions avoir trouvé la plus haute source du Mesvrin.

 

2.2.2 Le ruisseau de la chapelle de Prodhun et la plus haute source du Mesvrin.

 

Toutefois, M. Pierre Nectoux nous fit justement observer qu’un autre ru, toujours en amont du Pré de Pierres, se frayait un passage à travers un vallon aux pentes peu accusées, et prenait naissance près de la ferme de la Chapelle de Prodhun, à 532 m d’altitude. Cette ferme, qui conserve le nom d’une grange dépendant de l’ancienne abbaye de Maizières, dans la basse vallée de la Dheune (commune de Saint-Loup-de-La Salle), offre la singularité d’être située à la limite du bassin du Rançon.

 

3. NOTES HISTORIQUES SUR QUELQUES ETANGS ACTUELS.

 

Le haut-bassin du Mesvrin ne compte pas moins d’une vingtaine d’étangs encore en eau, certains étant de création moderne (19e et 20e siècles). L’ancienneté de quelques autres est attestée par les archives, et c’est donc à ces derniers que nous consacrons quelques notes ici.

 

D’abord, quelles sont les nécessités qui ont poussé la société médiévale et celle d’Ancien Régime à développer le nombre des étangs ? Les couvents, que le respect des règles chrétiennes forçait à « manger maigre », furent sans doute pour beaucoup dans la création de « pêcheries » : le prieuré de Saint-Sernin-du-Bois, par exemple, possédait cinq étangs au 18e siècle, mais nous verrons que plusieurs d’entre eux étaient affectés aux besoins de la Révolution industrielle du pays. Toutefois, il semble que l’une des motivations principales ait été l’amélioration de la rentabilité des sols : possibilité d’irrigation des prairies ; deux années en eau alternant avec deux années d’« assec », les cultures devenaient plus productives sans apport d’engrais au cours de la troisième année ; possibilité de pâturage et de fauchage des francs-bords de l’étang pendant les deux années en eau : les archives de la seigneurie de Brandon comptent de nombreux traités passés entre seigneurs et paysans au sujet de ces usages ruraux particuliers. Notons encore que les riverains dont les terres étaient noyées pouvaient avoir leur part dans « l’évolage » (produit du poisson) à condition d’avoir participé à l’établissement de la chaussée.

 

Par la suite, les besoins industriels amenèrent la création d’étangs (du 16e au 18e s.) : nécessité de régulariser les cours d’eau pour le flottage des bois, la navigation ; fonctionnement des moulins, foulons, huileries, scieries, battoirs à écorce, etc., puis les établissements métallurgiques (forges) pour lesquelles l’eau restera la principale force motrice jusqu’à la généralisation des machines à vapeur au 19e siècle ; enfin , la création d’une digue a quelquefois permis aux voies de communication le franchissement de zones marécageuses ou de gués indociles.

 

3.1 L’étang de Mesvrin.

 

Un document des archives de Brandon daté de 1380 nous parle déjà du « ruisseau fluant vers l’étang de Mesvrin » ; il faut cependant attendre 1653 pour voir mentionné l’établissement d’une forge à Mesvrin par Blaise Chirat ; vers 1765, la digue sera rehaussée sous l’impulsion de l’abbé de Fénelon, prieur de Saint-Sernin et seigneur du lieu, et de Vivant Jobert, maître de forge, qui y établit une demeure existant encore. A partir de 1785, la forge de Mesvrin confondra son destin avec celui de la Fonderie royale et des établissements du Creusot jusqu’en 1841, et verra fonctionner les premiers laminoirs de la région. Mais au cours de sa longue histoire, Mesvrin aura servi de foulon (1672), de tannerie (1877) et de moulin (1878 à 1965). En 1873, on étudiera la possibilité d’établir des pompes élévatoires pour alimenter l’usine et la ville du Creusot.

 

3.2 L’étang de Brandon.

 

Un étang à Brandon est cité dans les archives dès le 14e siècle, toutefois il n’est pas certain qu’on puisse l’assimiler au plan d’eau qui a conservé longtemps le nom de « grand-étang de Pontalard » ; on connaît surtout avec précision les travaux d’achèvement d’une digue importante à cet endroit par Claude de Lugny, seigneur de Brandon, entre 1499 et 1508. Malheureusement, en 1536, cette chaussée se rompait, produisant d’importants dégâts en aval. L’histoire de l’étang de Brandon est intimement liée à celle du château de Brandon jusqu’en 1957, date de son acquisition par le syndicat intercommunal qui allait prendre l’initiative de faire construire un nouveau barrage en 1960 (type barrage-poids), créant ainsi un plan d’eau de 43 hectares (l’ancien étang n’en couvrait qu’une vingtaine).

Digue de l'ancien étang

La nouvelle chaussée est orientée sensiblement différemment de l’ancienne (décalée vers le sud). Le nouveau déchargeoir est aujourd’hui sur la rive gauche, l’ancien était sur la rive opposée. Par ailleurs, une dérivation conduisait l’eau successivement au moulin de Brandon, au foulon ou moulin Guyon, puis à l’huilerie des Canets, tous identifiables sur le cadastre napoléonien. Il ne subsiste actuellement que les bâtiments du moulin Guyon. A l’ouest de ce dernier, et lui servant de réserve d’appoint, subsiste dans un pré la chaussée à peine perceptible du petit étang de Mauvie (= mauvaise voie), d’origine inconnue ; ce dernier était alimenté en partie par une source, et en partie par une « rigole » encore visible à la lisière du bois des Niolets, dérivant les eaux d’un petit ruisseau issu de la source de la Verrerie et des Mouilles-Claude.

 

3.3 L’étang de Confaugey.

 

C’est l’un des plus anciennement connus de la seigneurie de Brandon : on le trouve en 1375 sous le nom de « Combe Faugy » ; il est alors environné de bois, alors qu’il est actuellement parmi les pâtures ; l’endroit était sans doute planté de hêtres si l’on s’en tient au toponyme (latin fagus, hêtre) ; constamment cité dans les archives, il est communément dénommé « étang des Gendarmes ».

 

3.4 L’étang des Bois.

 

Son apparition dans les textes n’est guère plus tardive que celui du précédent : 1376. Son nom révèle qu’il était lui aussi environné de forêts, il s’agissait d’un bois de haute futaie, dit « bois de garde », qui s’étendait sur le flanc sud de la colline de Brandon. Près de la digue, viennent mourir les derniers vestiges d’un mur bien appareillé qui se poursuit d’ailleurs en direction du sud-ouest ; cette enceinte délimitait probablement une ancienne garenne (réserve de chasse). Cet étang est usuellement appelé « étang de la Moutelle ».

 

3.5 L’étang Patrier ou Pautrier.

 

Il s’agit d’un petit étang situé à quelques dizaines de mètres en aval du précédent ; il est cité parmi les biens administrés par Marguerite de Clugny, héritière de Brandon en 1602. De l’autre côté de la route communale qui le borde, dans un pré marécageux appelé Pièce de l’étang, un petit menhir a fait l’objet d’une fouille archéologique avant d’être relevé en 1987.

 

3.6 L’étang de la Tour de Champitaux.

 

Les reprises de fief du 14e siècle mentionnent l’existence d’un étang et d’un moulin dépendant de la maison-forte de « Champital », fief des seigneurs de Montjeu et d’Antully. On peut par ailleurs deviner les vestiges d’une dérivation amenant l’eau de cet étang pour un ancien moulin, jadis situé en aval, en contrebas du hameau de La belle Idée ; moulin qui a probablement succédé à la forge et au fourneau qu’un certain Denis Maire avait établi ici en 1645.

 

3.7 L’étang des Bruyères et l’étang Guilleminot.

 

Ces deux étangs contigus sont mentionnés en 1638 alors qu’ils ne figuraient pas au terrier de 1525. Un troisième étang, plus petit, dit du Grenouiller, faisait suite aux deux autres, en amont.

 

3.8 L’étang de Champeau.

 

Champeau, dans les anciens textes, désigne ce que la carte nomme aujourd’hui La Camuselle, mot qu’on ne trouve pas avant le 18e siècle. Le terrier de 1525 est le premier à y signaler un étang.

 

 

4. INVENTAIRE DES ANCIENS ETANGS.

 

4.1. Archéologie des anciens étangs.

 

La digue rompue est, la plupart du temps, le seul vestige trahissant l’emplacement d’un ancien étang asséché, et l’on peut s’émouvoir à la vue de ces ouvrages de pierre, vieux parfois de plusieurs siècles. L’étude détaillée des modes et des matériaux employés pour leur construction dépasserait le cadre de cet article. Relevons seulement quelques caractéristiques :

 

- la hauteur de la chaussée représente souvent la moitié de sa largeur à la base quand elle ne l’égale pas (on la construit beaucoup plus large aujourd’hui) ;

- la pente amont (côté étang) de la digue est toujours moins inclinée que la pente aval, mais souvent supérieure à 45° (on la réduit davantage dans les barrages modernes) ;

- l’Encyclopédie du 18e siècle résume ainsi la technique d’élévation des digues : « Une bonne chaussée doit être faite d’une clef de corroi que l’on met entre deux amas de terre bien pressée » ; le corroi, qui constitue le cœur de l’ouvrage, est formé d’argile détrempée, pétrie, foulée et posée sur l’argile même du terrain de base ;

- quelques chaussées ont conservé, du côté de l’eau, de grosses pierres destinées à la poussée des vagues ; d’autres gardent les traces d’un pavage de la crête (rare) ; l’engazonnement ou le fascinage éventuels ne se sont naturellement pas maintenus ;

- la pente aval fait parfois apparaître un parement de pierres irrégulier ;

- la rupture de la digue est intervenue la plupart du temps au niveau du bief central, vraisemblablement à la suite d’une crue non maîtrisée ayant sapé le corroi du barrage ou submergé la chaussée.

 

Ces vestiges « archéo-hydrographiques », souvent complètement investis par la végétation,  constituent un patrimoine ignoré ; les recenser, les localiser nous a semblé utile avant qu’un silence définitif ne retombe sur eux. [N.B. La plupart des anciens étangs sont situés sur des propriétés privées, donc accessibles sous réserve d’autorisation.]

Les numéros (…) renvoient à ceux de la carte générale annexée à cet article.

 

 

4.2 Etangs du ruisseau de Prodhun.

 

 L’étang de Pourcheresse.

 

Dans un document de 1524 des archives de Brandon, il est question d’un étang de ce nom, situé près du chemin de Saint-Pierre-de-Varennes à Anxin ; le cadastre en a conservé le souvenir (étang de Pêcheresse), mais le remembrement en a rendu la localisation malaisée.

 

L’étang de Varenotte (1).

 

Le terrier de Brandon (1525) mentionne un étang à Vernotte ; en 1638, une reprise de fief nous apprend que cet étang est rompu et se trouve en nature de pré ; la digue en reste bien visible au bord de la D 131.

 

L’étang de Pré Audin (2).

 

Des échanges de terrain eurent lieu entre Jacques de Beaurepaire, seigneur de Brandon, et Nicolas Jouffroy, du fief d’Echavannes. Ce dernier, déjà propriétaire de l’étang du Gour, qui existe toujours près de Vernotte, fait établir un nouvel étang dit de Pré Audin dont seule subsistait la digue parmi d’épais fourrés [il a été remis en eau depuis 1986].

 

4.3. Etangs du ruisseau de Brandon et affluents.

 

Le Petit-Etang de Brandon (3).

 

En 1380, un dénombrement évoque un certain « étang Pagnon […] comme la rivière de Pontalar a coutume de fluer par le dit étang » ; s’agit-il de ce « Petit-Etang de Brandon » que le terrier de 1525 distingue du « Grand-Etang neuf de Pontalar » ? Quoi qu’il en soit, la débâcle soudaine des eaux due à la rupture de la chaussée de ce dernier, emporta la digue du petit étang situé en aval ; celui-ci ne fut sans doute jamais rétabli car il n’en est plus question dans les archives ; la chaussée est cependant bien conservée, en contrebas des Bernaux, un peu en amont du pont de la Planche qu’empruntait le vieux chemin de Saint-Pierre à Brandon, jusqu’à la construction de la ligne du T.G.V.

 

L’étang des Charbottins (4).

 

Un étang est mentionné près du village d’Escharbottins en 1256, ce qui en ferait le plus anciennement connu autour de Brandon ; mais s’agit-il bien de l’étang situé sur le ruisseau du même nom, dont la chaussée est actuellement isolée à l’est du hameau par la ligne du T.G.V. ? Fait curieux, il n’en sera plus question dans les archives postérieures au 13e siècle.

 

L’étang Chevrey (5).

 

Il a pu aussi être appelé étang des Charbottins, car il n’est guère plus éloigné du hameau que le précédent, mais cette fois à l’ouest, sur le ruisseau de Valsantin ; l’étang Chevrey est cité initialement en 1535 ; les eaux qui en sortaient étaient conduites par un canal, encore visible, vers un moulin situé en contrebas, et tenu au 16e siècle par un certain Damet (une terre porte encore le nom de Pâture du moulin Daumay) ; l’étang Chevrey ou du Chevreuil apparaît constamment dans les documents jusqu’au 19e siècle ; le SIVOM des Eaux de Brandon envisagea un temps d’en faire un réservoir complémentaire ; sa digue, haute d’une dizaine de mètres, demeure très spectaculaire.

 

L’étang du Rucheleux (6).

 

Il s’étendait au nord des Charbottins, à l’extrême pointe du bois de la Fée, sur un ru venant d’Epiry ; sa digue est restée intacte, perpendiculaire à la ligne du T.G.V. et bien notée sur la carte de l’I.G.N.

 

L’étang du Bois Barreau (7).

 

Il occupait le fond d’une cuvette appelée Pâture du Bois Barreau, à la pointe nord du bois des Niolets, sur un ru issu de sources situées près du hameau de Valsantin ; aucun document n’en révèle l’existence à une date précise. [Il a été remis en eau depuis 1986]

 

4.4. Etangs du ruisseau de Vorneuf ou du Vornay.

 

L’étang Rollin (8).

 

Il se trouvait un peu en amont du confluent du ruisseau de Vorneuf avec la Vèvre ; la D 431 qui mène à Saint-Pierre-de-Varennes par Luchet, emprunte le tracé de sa digue pour franchir le ruisseau.

 

L’étang à la Dame (9).

 

Il s’étirait en amont du précédent, mais sa digue, peu élevée, est à peine décelable aujourd’hui dans le paysage. Le nom de ces deux étangs n’apparaît pas avant le 18e siècle.

 

4.5. Etangs du ruisseau de Champitaux.

 

L’étang de Bouvier.

 

Il occupait le fond du vallon en amont du pont de la route de Bouvier à Saint-Sernin-du-Bois ; la chaussée était approximativement dans l’axe du chemin des Caillots ; en 1774, l’abbé de Fénelon, seigneur de Saint-Sernin, avait établi un fourneau pour effectuer les premiers essais locaux de fabrication de fonte avec la houille du Creusot ; des forges annexées au fourneau utilisaient la force motrice créée par le ruisseau ou la chute de l’eau retenue dans l’étang. Il ne subsiste aucun vestige de l’étang et des forges.

 

L’étang neuf (10).

 

Il était situé en amont du précédent, près de la ferme de la Bachotte ; le chemin de Saint-Sernin-du-Bois à Couches par Brandon empruntait sa chaussée ; le pont voisin sur le ruisseau conserve une pierre millésimée de l’ancien pont du 18e siècle (1771) ; l’étang constituait une réserve pour le fonctionnement des forges de Bouvier.

 

L’étang du Faux Judas (11).

 

Comme les deux précédents et en amont de ceux-ci, il était en eau au 18e siècle ; la digue herbue marque la limite des communes de Saint-Sernin-du-Bois et Saint-Firmin.

 

L’étang du Bois Vincenot (12).

 

En amont de l’étang de la tour de Champitaux, le Bois Vincenot cache la digue d’un ancien étang qui dépendait de la seigneurie de Montjeu et d’Antully.

 

L’étang des Ripards (13).

 

Au nord du hameau des Ripards, le bois de l’Etang trahit en effet l’existence, à travers les pâtures, d’une digue herbue assez peu visible.

 

4.6. Etangs du ruisseau des Prés Saunais.

 

L’étang des Prés Saunais (14).

 

Il s’étalait dans la grande clairière située entre le bois du Petit Prodhun et le bois de la Tour, en amont du pont de la Brûlée (route de Champitaux à La Gravetière) ; la rupture dans la digue constitue l’accès principal aux prairies marécageuses de cette clairière.

 

L’étang du Battoir (15).

 

Les restes impressionnants de sa digue surgissent des frondaisons du bois du Petit Prodhun, un peu au nord des ruines de l’ancienne ferme du Battoir ; outre la digue, subsistent les traces d’un « moulin » qui fut peut-être un battoir à écorce ; les archives de l’abbaye de Maizières, dont dépendait la terre de Prodhun où se situe l’ancien étang, demeurent sans réponse à ce sujet.

Deux autres petits étangs, sur lesquels on ne possède aucun document, se trouvent en amont de l’étang du Battoir : il s’agit de l’étang Morot (16) (nom figurant sur la carte de l’I.G.N.) au nord-est du précédent, et l’étang de la Verrerie (17), en aval de l’étang du Maupas, au sud de la ferme de la Verrerie (entre la D 138 et la carrière de Prodhun).

 

 

4.7. Etangs du ruisseau de Saint-Sernin-du-Bois.

 

 L’étang de la Mouille du Pot (18).

 

Cet étang, est parfois appelé étang Nouveau ou encore étang de la Scie ; sa digue bien visible forme un angle avec la D 138 entre Le Rompet et La Verrerie.

 

 L’étang du bois de la Manche ( ?).

 

Un « ancien étang » signalé dans la Carte archéologique de la Gaule [A.Rebourg, 1996, p. 214], non loin de la Fontaine-Sainte, et près duquel subsistent les traces d’une motte « très arasée » et « parsemée de petits débris de briques et de tuiles », n’apparaît dans aucun document.

 

L’étang de la Velle (19).

 

Mentionné dans les terriers de Saint-Sernin (1535 et 1754) : il faisait donc partie des dépendances du prieuré ; dans les inventaires des établissements de Mesvrin et de Bouvier (1808 et 1834) conservés dans les archives de l’Académie François Bourdon au Creusot, il apparaît que cet étang servait de réservoir pour les forges de Mesvrin, une dérivation ayant été réalisée à partir du ruisseau de Saint-Sernin en aval de la gorge du Foulon ; l’étang de la Velle a donc été acquis, avec le domaine de Mesvrin, par les frères Schneider en 1836 : conservé dans le patrimoine des établissements MM. Schneider et Cie, il a continué de servir de réservoir pour l’usine et la ville du Creusot (dérivation en 1863, agrandissement en 1899).

 

 

 

 

 

 

SOURCES ET REFERENCES

 

       Cartes I.G.N. Le Creusot 2925 ouest ; Nolay 2924 est.

Plans du cadastre napoléonien : Antully, Saint-Emiland, Saint-Firmin, Saint-Sernin-du-Bois, Saint-Pierre-de-Varennes.

ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE S&L. Terrier de Brandon, 1525 : 56J 27 ; terrier de Saint-Sernin, 1535 : H SUP 157 ; terrier de Saint-Sernin, 1754, collection particulière.

DESSERTENNE A. Le château de Brandon. Pages d’histoire pour Saint-Pierre-de-Varennes et Saint-Firmin. Groupe 71, 1986.

CHAZELLE H. DESSERTENNE A. Histoire de Saint-Sernin-du-Bois. Chazelle, 1984.

SEBILLE J.L. Saint-Sernin-du-Bois et son dernier prieur […]. Paris, 1882.

TACNET G. A propos de la Pierre-au-Chat. Bulletin de la Société d’Histoire naturelle du Creusot, n° 16, décembre 1960.

 

Remerciements à M. Marcel COULE, garde-chasse à Brandon, qui m’a aidé à localiser plusieurs anciens étangs.

 

 

                                 

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