L'ECOLE DU SAUTOT A SAINT-SYMPHORIEN DE MARMAGNE  

SAINT-SYMPHORIEN-DE-MARMAGNE


L’ECOLE DE HAMEAU DE LAVAUT, DITE « DU SAUTOT »

 

 

A l’avènement des lois scolaires de Jules Ferry, notamment celle de 1882 qui rend l’instruction primaire obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans, la commune de Saint-Symphorien-de-Marmagne se trouvait déjà bien pourvue en édifices scolaires, puisqu’une école de garçons était construite depuis 1845 (une des plus anciennes de l’Autunois) ; l’école de filles devra attendre jusqu’en 1894, le projet de construire celle-ci avec les matériaux de l’ancienne église vers 1885 n’ayant pas abouti.

 

En 1924, les écoles du bourg qui comprenaient chacune deux classes, accueillaient au total 130 élèves, ce qui représente une moyenne dépassant 32 élèves par classe. C’est l’année suivante qu’une classe devait être supprimée à l’école de garçons et transférée à l’école mixte de Lavaut. « Considérant que l’école de Lavaut a été construite pour éviter aux enfants des hameaux éloignés du bourg de longues marches préjudiciables à leur santé et à leurs études, le Conseil municipal décide que les enfants des hameaux suivants seront inscrits à l’école mixte de Lavaut : Bois de Lattefaut, Maison Dru, Les Adroits, Grisy, La Plaine, Les Pendants, Le Gros bois, La Loge, Les Bobins, Les Michels, Les Brosses, Moisy, Les Combes Jobey, Le Crépon, L’Outre, Pignon Blanc, Lavaut, Le Pont de Lavaut, Les Combes Grondées, La Gravelle, Epillant, La Gourloye, Les Riaux de Violle, La Crôte. » Il faut savoir que certains de ces hameaux ou fermes isolées se trouvent à 7 ou 8 kilomètres du village, même en prenant des chemins de « traverse ».

 

L'école, à droite de l'image.

 

Remarquons tout de suite l’apparente anomalie de la dénomination de la nouvelle école, dite de Lavaut, et non du Sautot, comme elle est nommée communément. C’est qu’en fait, le Sautot est un nom de lieu « fantôme » : s’il est connu de tous dans le pays, il n’a pas d’existence officielle, cadastrale notamment. L’école elle-même est située au carrefour des routes D 120 et D 228 au lieu-dit Le Pont de Lavaut. Il n’est pas loin le temps où le toponyme n’apparaissait sur aucune carte, ni aucune signalisation routière. A tel point qu’une institutrice, au reçu de son affection à l’école de Lavaut ne sut identifier son poste et dut d’abord se rendre à la mairie pour apprendre qu’elle devait enseigner… au Sautot !

 

Donc, le 14 mai 1914, le Conseil municipal réuni autour de M. Richon, maire et auteur du projet et du devis, prend acte de l’adjudication des travaux à l’entreprise Terrade, de Mesvres ; la construction, interrompue par la Grande Guerre, ne sera achevée qu’en 1924 ; le décompte des travaux fait apparaître un montant de 72 727, 48 F. Voici l’inventaire du mobilier scolaire à la première rentrée : 16 tables-bancs à deux places, un bureau sur estrade pour l’institutrice ; une chaise paillée ; un tableau noir ardoisé ; un tableau mural de peuplier ; un chevalet à crémaillère ; un poêle à double enveloppe (avec 6 mètres de tuyaux), ainsi que du petit matériel divers d’enseignement. L’alimentation en eau est assurée au moyen d’un puits.

 

Mlle Charleux, institutrice adjointe au bourg depuis 1922, fut détachée à l’école de Lavaut à compter de la rentrée de Pâques, le 20 avril 1925. L’école à classe unique fonctionna sans interruption pendant 46 années ; au total, 248 élèves y passeront, encadrés par 14 institutrices titulaires ou suppléantes qui ne resteront jamais très longtemps sur le poste ; le plus long « séjour » sera de huit ans (Mme Moulinet, née Nicole Pacaud) ; la présence d’un logement de fonction aurait pu cependant favoriser une stabilité du personnel ; il faut croire que l’isolement de l’école et l’éloignement du travail pour les conjoints en ont décidé autrement ; aucun instituteur ne sera jamais nommé à Lavaut, sans doute parce qu’elle comprenait une section enfantine (pré-scolarisation).

 

Quelques enfants habitant les hameaux ou fermes des communes limitrophes ont fréquenté l’école. Pour Charmoy, il s’agit notamment des enfants résidant aux Laurents, à Maison Neuve, à La Roche, La Montagne, Les Bas, Les Rues, hameaux auxquels on peut ajouter Le Prieuré situé sur la commune d’Uchon ; en 1943, quelques réfugiés du Creusot dévasté par les bombardements furent également accueillis.

 

La création de l’école de Lavaut avait certes amélioré la situation des élèves éloignés du bourg. Toutefois, certains avaient encore à parcourir d’assez longues distances (une heure de marche)… ce qui se révélait propice, soit-dit en passant, à la pratique de l’école buissonnière pour quelques-uns. La cantine n’existant pas, beaucoup d’élèves apportaient leur repas de midi : sous la surveillance de l’institutrice, qui de ce fait ne disposait d’aucun temps de répit, on improvisait un restaurant scolaire autour du poêle de la classe, que la maîtresse devait d’ailleurs allumer elle-même tôt le matin. L’école étant à classe unique, l’institutrice avait donc en charge tous les élèves de la section enfantine (5 ans) jusqu’à la préparation au Certificat d’études, avec des effectifs ayant dépassé la quarantaine ; tous les enseignants qui ont travaillé dans ce type de classe savent d’expérience l’esprit de solidarité qui s’instaure entre les groupes d’élèves, notamment entre aînés et plus jeunes. La plupart des enseignantes de Lavaut que nous avons pu interroger a gardé, malgré la charge de travail, un bon souvenir du climat qui y régnait. De plus, il n’est pas exagéré d’affirmer que la petite école, isolée parmi les prairies sur fond de collines boisées ondulantes et parsemées de fermes, créait un centre d’animation au cœur de cette paisible vallée de la Brume ; les anciens habitants, aujourd’hui encore, avouent avoir éprouvé un véritable attachement à leur école, une ambiance presque familiale régnant le plus souvent entre les fonctionnaires et les paysans des fermes environnantes. A l’heure où l’on parle tant des relations difficiles entre parents et enseignants, ce type d’école n’apparaît-il pas celui où institution et famille se sentaient plus proches, ou n’est-ce qu’une illusion créée par le recul et la mémoire ?

 

Peu à peu, un déséquilibre s’amorça entre l’école du hameau aux effectifs encore chargés, et les écoles du bourg qui commençaient à voir fondre leurs effectifs. Déjà, l’année précédant la fermeture, la classe de Lavaut n’accueillait plus les élèves du cours moyen qui allaient au bourg grâce à la mise en place d’un transport scolaire ; l’année scolaire 1970-1971 fut la dernière où les cris d’enfants retentirent dans la cour de l’école ; à la rentrée suivante, tous les enfants bénéficièrent du ramassage et de la cantine scolaires. Le bâtiment fut déclassé en 1972 et perdit définitivement sa vocation ; en 1972-1973, l’association archéologique de la Certenue y installa son siège ; la commune finit par le vendre en 1973 à M. Jalmain qui y aménagea sa résidence.

 

La naissance, l’existence et la fin de l’école rurale de Lavaut illustrent un aspect de l’évolution des campagnes au cours du 20e siècle : ouverte à une époque où la France commence de connaître l’exode rural, mais où l’on attache encore une grande importance idéologique à l’instruction publique, elle vit la déprise agricole qui caractérise le pays après la Seconde Guerre mondiale ; elle ferme au moment où tout dispersement devient banni, victime du culte de la concentration - urbaine, industrielle, services publics - fait de société qui s’accélèrera à la fin du siècle. Le passant qui voit cette grande bâtisse la considère comme anachronique dans le paysage actuel, d’une architecture un peu austère ; mais tous ceux qui ont vécu ou vu vivre cette école derrière ses murs épais, conservent une nostalgie certaine, et, peut-être, quelque part dans leur souvenir, une sorte de tendresse.

 

 

DOCUMENTATION.

 

Archives départementales de Saône-et-Loire. Série O 2004 : Saint-Symphorien-de-Marmagne : écoles : O ; Série 4T : établissements scolaires : 4Tp 252 [notamment registre matricule, répertoire des enseignants et des élèves de l’école].

Archives communales, mairie de Saint-Symphorien-de-Marmagne.

 

 

 

 

 

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