L'EGLISE DE SAINT-SERNIN-DU-BOIS  

 

L’EGLISE  PRIORALE  DE  SAINT-SERNIN-DU-BOIS:

UN PARCOURS DU ROMAN AU BAROQUE

 

 

        

 

 

 

Etat des questions

 

 

 

Le prieuré de Saint-Sernin-du-Bois est né près d’un vieil itinéraire antique, puis médiéval, qui reliait Autun aux pays de la Grosne et de la Saône (Saint-Gengoux, Tournus, Mâcon). Il y eut peut-être à l’époque carolingienne une chapelle privée annexée à la villa d’un riche propriétaire : ce n’est là qu’une hypothèse mais l’existence de vestiges pré-romans le laisse supposer, tel ce chapiteau sorti des ateliers autunois et visible au musée de la Tour. Par ailleurs, la présence de stèles gallo-romaines, de fragments de colonnes dans les maçonneries actuelles du prieuré ne désigne-t-elle pas la persistance d’un lieu de culte immémorial et pré-chrétien ? Enfin, la dédicace de l’église à l’un des premiers martyrs de la Gaule chrétienne, saint Saturnin, évêque de Toulouse au troisième siècle, pourrait témoigner de son ancienneté.

 

  Saint-Sernin-du-Bois, vue générale.

 

 

PREMIERE  EPOQUE :   FIN  11e SIECLE / DEBUT  12e  SIECLE.

 

 

 

La première mention connue du prieuré de Saint-Sernin remonte à la fin du onzième siècle (vers 1095) .Une charte de l’évêque d’Autun Aganon concède des droits paroissiaux à quelques églises de son diocèse, sans doute pour les préserver de la « rapacité » des grandes abbayes qui cherchent à attirer les dons.

 

Le prieuré de Saint-Sernin est desservi depuis une date indéterminée par les chanoines réguliers de Saint-Augustin : ce sont des prêtres vivant en communauté, exerçant des fonctions paroissiales sur le voisinage (Saint-Firmin, Saint-Pierre-de-Varennes), et sans doute ici, un service d’accueil des voyageurs sur le passage d’une voie secondaire fréquentée.

 

A partir d’une date qui n’est pas connue précisément (13e siècle), le prieuré de Saint-Sernin sera affilié à celui de Saint-Germain-en-Brionnais. Quand ce dernier sera incendié par les Protestants au 16e siècle, la situation s’inversera : Saint-Sernin annexera les possessions brionnaises jusqu’à la  Révolution.

 

Des vestiges de l’église de cette  première époque subsistent encore : les chaînes d’angles qui la délimitent apparaissent dans le mur du chevet ; l’un de ses murs percé d’une baie en arc plein-cintre est bien visible depuis le rez-de-chaussée de l’accès au clocher ; cette église est déjà orientée selon la tradition avec le chœur à l’est.

 

 

 

DEUXIEME  EPOQUE : FIN 12e  SIECLE / DEBUT 13e  SIECLE.

 

 

Cette époque correspond à la fois à un essor des églises augustiniennes (2000 couvents à la fin du 13e siècle), et à l’érection du prieuré de Saint-Sernin en fief  seigneurial qui va accroître ses revenus. L’extension architecturale du prieuré illustre donc à la fois la richesse de l’ordre et la puissance seigneuriale. L’édifice prend alors l’aspect d’un château-fort avec ses tours quadrangulaires sur la façade ouest (tour ronde et donjon s’ajouteront au 14e siècle).

 

Une campagne d’agrandissement concerne alors l’église, notamment le chœur : berceau sans doubleau en plein-cintre avec élévation d’un clocher sur la croisée ; les arcades sont de type clunisien, en arc brisé, comme à Autun, Paray, etc. L’ancienne église est « enveloppée » par des bas-côtés ou des chapelles latérales dont les départs de voûtes et les arcades sont bien visibles dans la sacristie et dans le vestibule d’accès au clocher ; on peut poser l’hypothèse que l’on eut pour projet de prolonger ces espaces de part et d’autre de la nef principale, afin de créer des bas-côtés ; les deux petites arcades latérales ménagées entre la nef et le transept n’évoquent-elles pas ces « passages berrichons » que l’on trouve en plusieurs églises du Charolais (Suin par exemple) ; le chevet était plat avec une baie lobée qui a été agrandie au 18e siècle lors de la reconstruction de l’église ; Un plan de 1749 ne laisse voir que le bras gauche du transept auquel est accolée une tour qui a disparu ; la nef, aussi flanquée d’une tour disparue, paraît désaxée par rapport au chœur.

 

 

A l’époque médiévale, le chœur et l’autel sont strictement réservés aux chanoines qui, seuls, voient la messe. Les fidèles sont relégués dans la nef, séparée du chœur par une clôture, pour entendre la messe. Des chapelles latérales pouvaient être réservées à des hôtes particuliers, aux malades… Des pots acoustiques inclus dans la maçonnerie amélioraient la perception.

 

Un hagioscope, ouverture en biais pratiquée dans l’épaisseur du mur sud du chœur, permettait de suivre l’office depuis la chapelle latérale en restant invisible des religieux et des fidèles ; cette ouverture aujourd’hui conservée, a été maladroitement dissimulée par un dispositif d’aération. 

  

                           

 

 

 

 

LE  DECLIN : DU 16e  SIECLE AU 18e SIECLE.

 

 

Le déclin du prieuré s’amorce dès la fin du 16e siècle avec le régime dit de commende qui permet à des laïcs d’être nommés prieurs par faveur royale. La charge de prieur devient alors un bénéfice grâce aux revenus fonciers de la seigneurie.

 

Les visites pastorales diocésaines du dix-septième siècle permettent de mesurer la lente dégradation des bâtiments prioraux. En 1661, « il pleut dans la nef, les murailles sont fendues, il y a quatre autels dont trois n’ont pour tout ornement qu’une méchante nappe » ; en 1690, « M. l’Abbé a fait enlever les planches qui faisaient la voûte de l’église." (Archives départementales de Saône-et-Loire, G 930) : ce détail nous montre que la nef ne fut probablement jamais voûtée en pierre.

 

La dégradation n’explique pas tout ; on est en droit de supposer que l’achèvement d’un vaste projet architectural au Moyen-Âge, commencé par le chœur et l’amorce de bas-côtés pour la nef, ne fut jamais mené à son terme ; seuls des sondages archéologiques accroîtraient nos connaissances sur cette église médiévale et sur les constructions qui l’ont précédée.

 

 

TROISIEME  EPOQUE : LE  DIX-HUITIEME  SIECLE.

 

 

 

Le déclin ne fait que mieux ressortir l’éclat du renouveau qui va marquer l’église dans la seconde moitié du 18e siècle, dominée par la forte personnalité du prieur Jean-Baptiste-Augustin de Salignac-Fénelon, ancien aumônier à la Cour, qui s’illustrera dans notre région non seulement comme bâtisseur d’église et de routes, mais comme l’ambitieux promoteur de la révolution industrielle dans la région (haut-fourneau et forges).

 

En 1767, l’église est partiellement reconstruite selon les principes de l’architecture baroque : courant  artistique qui, né en Italie à la fin du 16esiècle, s’est propagé en France jusqu’à la fin du 18e siècle, parallèlement  à l’art classique.

 

Le mouvement baroque, qui va toucher l’art religieux jusque dans les petites églises de campagne, est sans doute la réponse à une crise, une réaction émotionnelle face à la violence (guerres de religion), aux calamités (misère, famine, épidémies) ; on aspire au merveilleux pour échapper aux malheurs du temps ; enfin et surtout, l’art baroque devient un instrument fondamental de propagation et de renforcement de la foi. Il est un élément essentiel de la Contre-Réforme : l’église catholique reprend confiance face au protestantisme.

 

L’exemple de Saint-Sernin est d’autant plus précieux que les constructions religieuses à cette époque sont assez  rares dans la région, si l’on excepte les grandes abbayes (Cluny, Saint-Martin-d’Autun) et les réalisations expérimentales de l’architecte Emiland Gauthey à Givry et à Barizey. Plus près de nous, on peut encore citer l’exemple de l’église de Montcenis, touchée par un important programme de rénovation (architecture, décor, mobilier, statuaire) dont le retentissement n’a pu échapper au prieur de Saint-Sernin.

 

Concrètement tout part du Concile de Trente (1545-1563) qui définit les principes religieux et liturgiques des monastères et des paroisses. Leur application est précisée dans les « Instructions » du cardinal de Milan, Charles Boromée, parues en 1573 : elles sont restées très lisibles jusqu’à nos jours dans l’agencement, le mobilier et le décor de l’église de Saint-Sernin.

 

 

 

 

§  Il faut toucher le cœur des fidèles par l’émotion.

 

Cela passe par une quête de l’éclatant, du théâtral ; dans la nef, totalement reconstruite, c’est le règne absolu de la courbe : murs, voûtes, baies ; l’enveloppe romane est consolidée par des piliers, des contreforts. Le clocher est rebâti avec une flèche, inspirée de celle de Montcenis et couverte de tuiles en bois, conservées jusqu’en 1902.

 

La recherche d’une perspective est évidente ; on ouvre un majestueux portail à l’ouest, remarquable alliance du classique (colonnes et fronton) et du baroque (vantaux de porte) ; on crée un narthex (ou avant-nef) aligné sur la façade du château, ce qui explique son désaxement par rapport à la nef ; il est surmonté d’une tribune avec balustrade en bois, où prend place un autel directement accessible depuis les appartements du prieur ; le mouvement ascensionnel vers le sanctuaire est créé par une succession d’escaliers en calcaire gris-bleuté à gryphées ; on laisse entrer la lumière par de larges baies sans vitraux ; le décor reste assez sobre : murs et plafond peint avec motifs en stuc : remarquer le triangle trinitaire au plafond du chœur.

 

 

Inscription: "Yahvé" en lettres hébraïques.

 

En 1769, on ajoute les boiseries de la nef, refaites au 20e siècle, puis celles des chapelles et les stalles du chœur. Aucune peinture murale actuelle ne semble cependant dater de cette époque.

 

§  Il faut exalter l’eucharistie.

 

On accorde un grand soin au maître-autel : forme tombale, décor en trompe-l’œil imitant le marbre, moulures, tabernacle ouvragé couronné d’une monstrance avec dorures pour l’exposition du Saint-Sacrement.

 Enfin, le maître-autel est mis en valeur : en arrière par les boiseries du chœur, en avant par une  grille de communion en fer forgé de belle facture.

 

§  Il faut encourager le culte des saints par la dévotion et la multiplication de leur image.

 

Des autels secondaires occupent les bras du transept : celui de gauche est consacré à la Vierge,  celui de droite à saint Saturnin ; deux arcades symétriques, dénommées « passages berrichons » dans les églises romanes, de part et d’autre de l’arc triomphal à l’entrée du chœur, permettent de voir les deux chapelles depuis la nef. Le culte des reliques est encouragé, notamment par l’apport d’une croix en ébène contenant un fragment de la Vraie-Croix.

 

§  Il faut respecter les règles de l’église.

 

La chaire, installée à gauche, souligne le rôle pédagogique et l’autorité de la parole du prêtre : elle est surmontée d’un abat-voix portant la colombe du Saint-Esprit ; sur les boiseries, on a sculpté l’image des Quatre Evangélistes.

 

Les « Instructions » donnent avec précision les normes pour la construction des confessionnaux : l’église de Saint-Sernin a conservé les siens à l’entrée de la nef ; en revanche, les fonts baptismaux ont quitté le narthex : la cuve a disparu, mais les grilles qui l’entouraient, ornées des initiales de J.B.A. de Salignac-Fénelon, sont conservés au musée de la Tour, ainsi que le baptistère de l’église primitive.

 

L’ensemble du mobilier bénéficie d’une protection par son Inscription à l’Inventaire supplémentaire des Objets mobiliers : parmi ceux-ci, une armoire-pupitre avec son lutrin, et deux huiles sur toile du 18e siècle : l’une représente le Christ en croix, l’autre le Baptême du Christ.

 

 

 

 

 

La bénédiction de l’église eut lieu le 29 novembre 1768, mais la nouvelle église ne fut achevée que l’année suivante par l’ouverture du portail ouest, précédé d’une levée construite sur un ancien fossé, et par la finition des boiseries. Une réception solennelle suivit le 30 avril 1769 en présence de Monseigneur de Marboeuf, évêque d’Autun. Enfin, en 1772, Henry de Salignac-Fénelon, chanoine de Cambrai et frère du prieur, qui avait légué ses biens en faveur de l’église de Saint-Sernin, fut inhumé dans le caveau situé sous le chœur : une plaque scellée derrière le maître-autel le rappelle à notre souvenir.

 

L’apport du 19e siècle sera bien modeste, en dehors de l’entretien courant. Les statues d’une Vierge à l’Enfant et d’un Christ en croix, provenant sans doute d’un ancien calvaire érigé au 16e siècle, et mutilées sous la Révolution selon la tradition orale, seront pieusement scellées dans un mur du côté sud. Une cloche nommée Marie-Louise sera fondue et installée en 1875. Les grisailles des baies seront refaites en 1880 par les ateliers Besnard, de Chalon-sur-Saône.

 

 

 

CONCLUSION

 

 

L’église de Saint-Sernin-du-Bois, cœur de l’ancien prieuré, reste aujourd’hui le SEUL  TEMOIN de cette origine monastique. Son symbole majeur réside peut-être dans ce fauteuil du prieur parmi les stalles du chœur où s’est illustrée, en final, la haute figure de celui qu’on appelait simplement « l’abbé de Fénelon », dont le nom s’inscrit dans tous les livres consacrés aux origines de l’industrie dans la région du Creusot, et que la tradition populaire rattache, plus de deux siècles après, au vieux chemin de Saint-Sernin à Couches par Brandon, ainsi qu’il figure encore au cadastre napoléonien de Couches. Aujourd’hui, alors que la mairie s’est établie dans les bâtiments de l’ancien prieuré, la place réaménagée porte désormais le nom de Salignac-Fénelon.

 

C’est dire tout l’intérêt à protéger et mettre en valeur ce témoin unique, tel que l’histoire nous l’a transmis, monument qui a évolué de l’art roman à l’art baroque. Si le premier style, par le privilège de l’âge, lui confère le respect dû à une église vieille de dix siècles en ses parties les plus anciennes, le second lui donne ce charme si particulier qui lui a valu la protection de son mobilier. L’ensemble appelle maintenant notre sollicitude, mais il importe d’intervenir avec autant de sensibilité et d’intelligence que ses créateurs, tailleurs de pierre, maîtres-maçons, ébénistes, sculpteurs, humbles tâcherons, anonymes de l’histoire, dont l’œuvre pourtant demeure encore. Une association, l’A.R.E.S.S. (Association pour la Restauration de l’Eglise de Saint-Sernin-du-Bois) contribue à cet effort de connaissance et de mise en valeur.

 

 

                                                                                             

SOURCES  BIBLIOGRAPHIQUES.

 

SEBILLE (J.L.), Saint-Sernin-du Bois et son dernier prieur… Paris, 1882.

 

GRIVOT (D), La légende dorée d’Autun. Lescuyer, 1974.

 

LEBEDEL (C), Histoire et  splendeur du baroque en France. Ouest-France, 2003.

 

RICHARD (J) La congrégation de Saint-Germain-en-Brionnais. Mémoires de la Société  d’Histoire du Droit des Anciens Pays bourguignons, 1963, tome 24, pages 289-298.

 

CHAZELLE (H) et DESSERTENNE (A) Histoire de Saint-Sernin-du-Bois. 1984.

 

 

                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                  

                                                                                                         

                                                                                                   

 

 

 

                                                                                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

                                

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                  

                                                                                                         

                                                                                                   

 

 

 

                                                                                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

                                

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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