LA ROUTE D'AUTUN A TOULON-SUR-ARROUX FIN 18eS  

 

LE RESEAU ROUTIER DANS LE SUD DE L’AUTUNOIS A LA FIN DU 18e SIECLE

 

 

3. LES ROUTES DE TROISIEME ET QUATRIEME CLASSES 

 

3.2 Section Autun-Toulon-sur-Arroux

 

La carte de Cassini montre deux routes entre ces villes : l’une suivant l’Arroux par Etang-sur-Arroux, l’autre à flanc de collines par Mesvres et La Tagnière. Le tableau de 1784 ne retient que la première : il s’agit d’une section de la route n° 16 de la Généralité de Champagne à celle de Lyon par Châtillon, Saulieu, Autun, Digoin et Marcigny. Dans l’esprit des Elus généraux, c’est elle qui semble pressentie pour concurrencer le trajet Paris-Lyon par le Bourbonnais [Blin, 1969]. Mais c’est la seconde route, par Mesvres, qui est exécutée au 18e siècle. Elle apparaît sur la carte de 1789, empierrée sur une bonne moitié du parcours, à partir d’Autun. Pourquoi cette dualité routière ?

Histoire

 

Dans un mémoire rédigé le 25 novembre 1761, Gauthey n’avait pas trouvé moins de 7 itinéraires possibles ; pour résumer, la route par Mesvres et La Tagnière lui avait paru la plus courte (7 lieues et demie), la plus aisée à construire et la plus utile au commerce pour les populations qu’elle desservirait ; le tracé par la plaine de l’Arroux était rejeté à cause des inondations, du manque d’assise solide des terrains, et des nombreux ruisseaux à franchir pour lesquels il faudrait un grand nombre d’ouvrages [A.D.C.O. C 4110]. La principale opposition venait d’un mémoire présenté par Mme Bouhier de Lantenay, veuve du président au Parlement de Bourgogne, dont la nouvelle route risquait de traverser les terres dépendant de sa propriété de Riveau à Autun. Gauthey produisit un second mémoire (2 juillet 1763) dans lequel il maintenait son avis, n’hésitant plus que sur le tronçon Autun-Mesvres par Montjeu ou par Brion. Les Elus généraux, embarrassés, demandèrent à l’ingénieur en chef de la province d’arbitrer. Dans un long mémoire daté du 10 août 1764, Thomas Dumorey soutient le point de vue de son adjoint en faisant observer que l’on trouverait beaucoup plus de communautés pour travailler sur le chemin par Mesvres. Mais qu’au moins on n’accuse pas Gauthey de légèreté, lui qui a parcouru 40 lieues pour en établir 7 ! Le 10 novembre 1764, la construction de la route par Montjeu et Mesvres est finalement ordonnée. La même année, Denis Aubry, concierge au château de Toulongeon, reçut 1 010 livres pour « le devis des outils qu’il a fait faire pour la construction du chemin ». Le pont de Mesvres, sur le Mesvrin, est réparé en 1762 par l’entrepreneur Fourneau, de Montcenis, moyennant 1 092 livres. En 1770, 4 ponts sont délivrés à Claude Niepce, de Chalon, puis 7 autres ponts et aqueducs en 1775, à l’entrepreneur dijonnais Saint-Père, pour 6 600 livres.

 

Tracé et voirie ancienne

 

D’Autun, les chemins conduisant à Montjeu et à Mesvres passaient par Riveau et les pentes de la montagne Saint-Claude, laissant plus à l’est le tronc commun des voies romaines vers Mâcon et Belleville que longeait le chemin de Broye [Archives de la Société Eduenne, carnets Roidot-Errard]. En 1757, le curé de Saint-Pancrace, ancienne paroisse d’Autun, précise que le faubourg Talus est « coupé dans sa longueur du levant au couchant par le chemin qui va d’Autun à Toulon en Charollais ; ce chemin, quoique le principal chemin d’Autun à Toulon est cependant très mauvais et n’est pas pavé. » ; le curé de La Chapelle-sous-Uchon explique qu’on utilise le chemin d’Autun à Toulon « qui passe par [son] village, surtout dans le temps des eaux [Arroux en crue]. Il conduit à Charolles, à Paray. C’est la route ordinaire des Auvergnats, des Limosins » [A.D.C.O. B 3531].

Il est par ailleurs assuré qu’une voie antique suivait la vallée de l’Arroux par Etang et La Boulaye ; elle est encore désignée sur l’ancien cadastre de La Tagnière près de Bussière ; mais il existait aussi une voie médiévale, à mi-pente, issue de Mesvres, qui tendait vers Toulon et rejoignait la précédente près de La Boulaye ; bien décelable dans le paysage, elle passait notamment aux Rendards où se trouvait une maison hospitalière dite des Quatre Frères [Terrier de La Boulaye, archives de l’Académie François Bourdon et Mémoires de la Société Eduenne, Tome 30, 1909, p.69-83].

Dans les discussions au sujet d’une route directe Autun-Lyon dont nous reparlerons, les échevins de Charolles (où passe la ligne droite de Paris à Lyon !) proposèrent un itinéraire par Mesvres, La Tagnière, Saint-Bérain-sous-Sanvignes, Ciry, Charolles, Bois-Sainte-Marie, Monsols et Beaujeu [A.D.C.O. C 4362] qui ne sera pas retenue par les Elus. Après Mesvres et La Tagnière, la route avait été conduite comme prévu vers Toulon en suivant d’assez près les anciens chemins que montrent encore les anciens cadastres (1831) par Saint-Eugène où l’on recevait de vieilles pistes issues de Montcenis. Toutefois, entre La Tagnière et Saint-Eugène, l’ancien chemin, distinct de la nouvelle route, passait par Montmenème, Le Mast et Corcelles.

 

Voirie moderne

 

Jusqu’en 1841, la section Autun-Toulon par Mesvres s’est maintenue comme route départementale n° 10 ; après cette date, la D 10 suit la vallée de l’Arroux par Etang et La Boulaye ; elle se prolonge vers Perrecy, Charolles, La Clayette ; continuée vers le col des Echarmeaux et la vallée de l’Azergues, elle apparaissait à Gauthey dès 1770 comme la route la plus directe de Paris à Lyon [Blin, 1957]. Après 1880, la D 10 devint C.G.C. n° 70 d’Autun à Charolles, puis un tronçon de la N 494 entre Autun et Toulon, actuelle D 994.

Quant à la vieille route du 18e siècle par Mesvres, elle est devenue une suite de Chemins d’Intérêt Commun, puis une succession de routes départementales (D 46, D 228, D 246, D 224, D 240) mais surtout, l’une des plus pittoresques de l’Autunois. Noter toutefois une rectification du réseau moderne entre La Tagnière et Dettey : la D 224 se distingue du tracé du 18e siècle qui remontait sur les flancs de la gorge de Chaumont (aujourd’hui chemin rural).

 

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