LA ROUTE DE MONTCENIS A COUCHES FIN 18e S  

 

LE RESEAU ROUTIER DANS LE SUD DE L’AUTUNOIS A LA FIN DU 18e SIECLE

 

 

3. LES ROUTES DE TROISIEME ET QUATRIEME CLASSES 

 

3.5. Route n° 43 de Montcenis à Couches.

Dans le programme de 1784, elle relie la route n° 35 (section Autun-Chalon) et la route n° 42 (section Autun-Blanzy). Comme on l’a vu plus haut [3.3], la décision des Etats de Bourgogne concernant cette route remonte à 1769, mais son achèvement demandera au moins une dizaine d’années : en 1789, elle est complètement empierrée de Couches au carrefour de La Croix-Menée (Le Creusot).

Histoire et tracé

Les plans de cette route ont été levés par l’ingénieur Gauthey à la suite d’une délibération des Elus généraux du 24 décembre 1768, les échevins de Montcenis l’ayant présentée comme la plus utile pour eux : elle leur permet de communiquer vers Chalon, par la route neuve d’Autun à Chalon, et vers Chagny, dont le chemin par Cheilly n’était praticable que quelques mois dans l’année [A.D.C.O. C 4110].

Dès 1769, l’ordonnance des Elus précisait que les communautés de Saint-Pierre-de-Varennes et de Saint-Firmin travailleraient d’Anxin à Couches, et celles de Montcenis et de Torcy sur l’autre partie. On peut être surpris de ne pas voir d’autres communautés convoquées, celle du Breuil par exemple, mais il était précisé qu’il était impossible « d’employer un plus grand nombre de communautés sur cette route, jusqu’à que ce que le chemin d’Autun à Chalon soit entièrement perfectionné auprès de Couches. » [A.D.C.O. C 3220].

Le 10 juin 1784, les Elus généraux ordonnent cette fois que « les manœuvriers de la Creuse, du château de Couches, de Chalencey, de Saint-Nicolas et d’Eguilly travailleront à tirer la pierre nécessaire pour construire le chemin de Combereau à la route de Couches à Chalon, et fourniront l’encaissement de cette route à mesure que les Entrepreneurs de la Manufacture royale de Montcenis feront transporter la pierre sur le chemin et y emploieront 6 jours par an. » [A.D.C.O. C 4363]. Ce fait démontre l’intérêt des dirigeants de la Fonderie royale, alors en cours de construction, pour l’achèvement du réseau routier autour de Montcenis, qui doit faciliter en particulier l’acheminement du minerai de fer de Chalencey. Le tronçon routier dont il s’agit évitait le bourg de Couches et gagnait la route de Chalon à partir de Combereau par Eguilly et Chalencey : elle est désignée au cadastre napoléonien de Couches (1812) comme « petite route de Montcenis ». Une borne routière de cette époque a été retrouvée dans une propriété du quartier Saint-Nicolas ; sectionnée dans le sens de la longueur, elle sert de chaperon à un mur de jardin ; on peut - difficilement - y déchiffer les directions routières, en particulier la « Route des hauts fourneaux par la Croix Meney » ; selon toute probabilité, elle était érigée près du lieu-dit Le Guide qui marque l’embranchement de cette « petite route de Montcenis » avec l’actuelle D 978.

Autre anecdote relative à la construction de cette route : à l’entrée est de Montcenis (actuelle Grande Rue du Chanoine Laforêt), le tracé fit l’objet d’une supplique des Arquebusiers de la ville, car il mettait en péril la stabilité de la promenade publique (La Terrasse) et portait atteinte aux fondations de leur pavillon ; les plaignants furent déboutés de leur plainte par une délibération des Elus généraux du 23 octobre 1775, puis ils obtinrent finalement la consolidation des talus de soutènement, dont les plans, présumés de la main de l’ingénieur Gauthey, sont conservés [A.D.C.O. 4363]. En 1782, Pierre Toufaire, architecte de la Fonderie royale, sera sollicité par les Chevaliers de l’Arquebuse pour l’aménagement de leur « terrasse» [J. Charpy, 2011, p. 210-211].

La route de Montcenis à Couches emprunte un parcours de crête dominant la vallée de la Dheune, proche parfois de la ligne de partage des eaux des bassins de la Loire et de la Saône (près d’Anxin), ce qui lui donne le profil d’un chemin ancien. Sans pouvoir toutefois lui présumer une origine antique, on peut au moins constater qu’elle est mentionnée dans tous les terriers des seigneuries traversées : Couches (1547), Brandon (1525), Montcenis (1511), Chanliau (1480), Torcy (1462). Le plan-terrier de Torcy (1750) montre que la rectitude de la voirie actuelle (rues Guynemer, Marceau, Wilson et Joffre) corrige un tracé plus sinueux dont la rue de la Fontaine est un vestige qui desservait le hameau de La Villedieu et sa chapelle. Il est aussi intéressant de noter que le service postal des Messagers du Charolais qui faisaient la navette vers Dijon, a maintenu de la fin du 16e siècle jusqu’au milieu du 18e s. un itinéraire par Santenay, Montcenis et Toulon [P. Nougaret, 1960]. En 1766, les échevins de Montcenis évoquent cet itinéraire : « Il y a plus de 40 ans on a fait construire un chemin de Montcenis à Chély [Cheilly] » qui ouvrait une communication vers les marchés de Chagny, Chalon et Beaune [A.D.C.O. C 4110] : c’est cette route que signale sous le nom de « chemin de Montcenis » la carte de Cassini (1763), sur la rive droite de la Dheune, actuelle D 143 de Couches à Cheilly par Nion.

Mais c’est la carte de la Bourgogne par G. Delisle (1709) qui révèle le véritable sens de cet itinéraire, d’une remarquable continuité et rectitude entre Dijon et la Loire. Cette route, héritée de la Bourgogne ducale, signe l’ouverture du duché vers ce fleuve et le Bourbonnais, par l’acquisition du comté de Chalon (1237). Certes, il n’apparaît pas encore sur la carte des grandes routes de la Bourgogne établie par J. Richard [J. Richard, 1954]. Mais comment interpréter toutes ces acquisitions ducales de seigneuries, en cette première moitié du 13e siècle : Couches, Brandon, Sanvignes ? Comment comprendre tous les pariages de terre conclus avec les Hospitaliers de Beaune et de Chagny à La Villedieu (Le Creusot), à Saint-Nizier-sous-Charmoy (Les Bizots), à La Valotte-le-Duc (Saint-Bérain-sous-Sanvignes), si ce n’est par l’existence d’une voie ducale vers les confins occidentaux du duché ?

Voirie moderne

D’abord route de 3e classe n° 11 jusqu’en 1811, la route de Montcenis à Couches est intégrée au réseau départemental comme D 5 de Chagny à Montcenis ; après 1855, la D 5 désigne la route de Saint-Loup-de-la-Salle à Saint-Léger-sous-Beuvray, nouvel itinéraire par Chagny, la levée du canal et Le Creusot. La route du 18e siècle de Couches à Montcenis devient alors le C.G.C. n° 1, devenu CD n°1, grande artère rectiligne qui traverse le Creusot d’est en ouest. Entre Le Breuil et Couches, cette route a été rectifiée en de nombreux points aux 19e et 20e siècles, bien repérables dans le paysage routier (rampes contournées par une série de virages, ou au contraire lacets multiples auxquels se substitue une section très dénivelée). Le tracé initial reliait Combereau à Couches par Les Pertuisots (voie vicinale aujourd’hui).

Cette route servira longtemps de communication ordinaire entre Montcenis, Le Creusot et Chalon : en 1838, une voiture publique conduit les voyageurs de Montcenis à Couches où l’on retrouve la diligence d’Autun à Chalon [A.D.S.L. 1Fi 27/107]. Cependant, dès 1777, les dirigeants de la société qui exploitait les mines de charbon du Creusot et projetait d’y construire une fonderie de fonte au coke, avaient demandé le tracé d’une  route plus directe de Montcenis à Chalon par Saint-Bérain-sur-Dheune et Saint-Léger-sur-Dheune [A.D.C.O. C 4363]. Mais sa réalisation devra attendre le 19e siècle : une ordonnance royale de 1843 rectifie alors le tracé de la D 5 entre Saint-Léger et Montcenis ; les travaux vont s’étaler sur une dizaine d’années [A.D.SL. 2S 452]. En 1847 le contournement des rampes de la Montée Noire (Le Breuil) est achevé. Eugène Schneider use alors de toute son influence pour hâter l’achèvement de la nouvelle route qui doit desservir ses usines de Perreuil, acquises en 1842 [lettre du 24 octobre 1848]. La réception définitive des travaux aura lieu en 1853. La nouvelle route est constituée de sections tracées ex nihilo (commune d’Essertenne) ou emprunte des sections antérieures, comme la rue Foch au Creusot dont il sera question plus loin [3.7] ; au Creusot, elle encerclait à l’origine le quartier du Centre par la boucle de la rue Clémenceau ; entre Le Creusot et Montcenis, elle adopte un tracé novateur et sinueux par La Maison-Neuve ; constituant le deuxième axe de la ville après la chaussée du 18e siècle (D 1), elle intègrera un temps le réseau national (N 484) avant de devenir la D 984 actuelle.

 

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