LA ROUTE DE MONTCENIS A ST-NIZIER FIN 18e S  

 

LE RESEAU ROUTIER DANS LE SUD DE L’AUTUNOIS A LA FIN DU 18e SIECLE

 

 

3. LES ROUTES DE TROISIEME ET QUATRIEME CLASSES 

 

           3.3 Section de Montcenis à Saint-Nizier.

Cette section est une partie de la route Autun-Blanzy qui sera présentée ensuite, elle-même tronçon de l’itinéraire Autun-Lyon par Cluny ; sa réalisation précède celui-ci d’une quinzaine d’années, et son origine est liée à l’histoire minière et industrielle du Creusot.

Histoire.

 Dans son Journal de voyage daté du 15 décembre 1768, Antoine-Gabriel Jars, ingénieur en visite à la « charbonnière » du Creusot, note parmi d’autres moyens propres à assurer un débouché à la houille, « de rendre praticables deux chemins de quatre lieues environ, celuy de Montcenis à la grande route de Charolles à Chalon, et celuy de Montcenis à Toulon […]. » [J. Chevalier, 1935]

François Delachaise, seigneur de Montcenis et subdélégué de l’Intendance des Etats de Bourgogne, qui vient de demander la concession perpétuelle des houillères, adresse le 18 septembre 1768 une supplique aux Elus généraux, où il expose que « Montcenis n’étant desservie par aucun chemin [il ne lui] est pas possible de faire exporter le charbon sur les ports […] de Saône et d’Arroux […] » ; il conclut en affirmant qu’ « il n’est pas dans cette partie de la Province de routes plus intéressantes et plus pressées. » [A.D.C.O. C 3220]. L’année suivante, il obtient satisfaction sur deux points : il devient concessionnaire des mines de charbon pour 50 ans ; le 30 décembre 1769, les Elus généraux ordonnent au sous-ingénieur Gauthey de planter les piquets des chemins de Couches à Montcenis et de la Charbonnière à Toulon. La délibération précise que les communautés de Charmoy, Saint-Nizier, Blanzy, Saint-Bérain-sous-Sanvignes seront employées à faire les chemins de Montcenis à Toulon et de Montcenis à la Charbonnière [A.D.C.O. C 3220].

Ce projet de route souleva une tempête de protestations de la part des corvéables et des propriétaires de terrains ; cependant, le 17 décembre 1770, les Elus généraux déboutent « tous les suppliants de l’opposition par eux formée à la confection du chemin dont il s’agit. » [A.D.C.O. C 3222]. En 1784, il sera encore question de faire réparer par les communautés « qui entretiennent ledit chemin les parties qui sont les plus mauvaises en y employant 12 jours par an. » [A.D.C.O. C 3228].

Tracé et voirie antérieure.

Initialement, la route de Montcenis à Toulon devait rejoindre la route Chalon-Toulon-Digoin près de La Coudraye ; en 1768, il n’est question que de « réparer à prix d’argent les mauvais pas […] » et d’ordonner « de tracer des parties de chemin nouvelles au-dessus des rues creuses qui sont en fort grand nombre. » [A.D.C.O. C 4363]. Cette voie figure en effet sur la carte de Cassini : de Montcenis, elle gagne Charmoy par le moulin du Bost et la Planche Berger en suivant le ruisseau du Foulot, puis se dirige vers la Valotte par Battant ; il s’agit peut-être du très vieux chemin relevé par R. Chevrot dans un document du 12e siècle [R. Chevrot, juin 2006], et dont on trouve les traces d’empierrement après avoir franchi la Sorme près de Battant.

Mais le tracé finalement adopté aboutit près de Saint-Nizier, à La Gaité. De Montcenis il contourne d’abord la montagne du Calvaire par Les Minots. Pour cela, on avait rasé la maison de Jean Génisson, tisserand au faubourg du Jeu de Quilles ; la place fut nivelée et les matériaux servirent à encaisser la route [A.D.C.O. C 4362]. Après les Renardières, la route attaquait la côte dite du Poirier ; il sera demandé à l’ingénieur Gauthey d’en adoucir la pente en 1784 : on y voit quelques traces d’empierrements du 18e siècle. Jusqu’à Saint-Nizier, la route « coupe celle qui existait en plusieurs endroits », comme il est dit dans un rapport de 1788 [A.D.C.O. C 4362], ce que confirme en partie l’ancien cadastre des Bizots (1835), et surtout le plan-terrier de Torcy (1750) : l’ancien chemin passait près des Machurons et aux Bourgeois. Les Archives départementales conservent de beaux dessins d’ouvrages d’art réalisés pour cette route en 1787, notamment l’aqueduc des Machurons. [A.D.SL. C SUPP PC 7]

En fait, cet ancien chemin est probablement un tronçon de l’itinéraire de Montcenis à Sanvignes, cité dans un terrier (1466) de cette dernière seigneurie [A.D.C.O. B 969] et noté en pointillé sur la carte de 1789 : au sud de Saint-Nizier, il se poursuit par Vaudiau, Les Quatre Rues et La Clayette ; il apparaît aussi dans le terrier de Montcenis (1511) comme « grand chemin de Montcenis à Saint Nisy », tandis que, selon la même source, le chemin direct de Montcenis à Blanzy passait par Crennes (près de La Grande Villedieu ; ancêtre de la D 269 par Les Bizots) et Es Pagnes (Les Pagnes).

Notons encore qu’un autre itinéraire reliait Montcenis à Toulon par Saint-Eugène : sans doute suivi par le Messager du Charolais qui effectuait la navette entre Charolles et Dijon par ces deux villes, il figure avec assez de précision sur la carte de Delisle (1709) pour qu’on puisse en restituer le tracé, par ailleurs mentionné dans le terrier du Crot Monial en 1667 : Chalas, Charmoy-la-Ville, Les Chapeys, Les Crots, Fresse [A.D.S.L. H 250]. Il apparaît sur l’ancien cadastre de Saint-Eugène (1831) au franchissement de la Bouillotte, à l’ouest du château des Crots, sous le nom de « chemin des Echartés allant de Toulon à Montcenis » ; le seigneur des Crots y percevait un péage au Chazelot, ainsi que l’indique le terrier de cette seigneurie [A.D.S.L. J 878]. L’utilisation de cet itinéraire pour le moins tortueux entre Montcenis et Toulon tient au fait que la vieille chaussée de Chalon à Digoin par La Garde et La Coudraye, citée dans tous les terriers locaux depuis le 15e s. au moins, était devenu impraticable sous l’Ancien Régime. Un autre itinéraire par La Valotte, La Rue aux Juliens, La Platte et Le Carrouge, est aussi désigné sur le cadastre cité comme chemin de Montcenis à Saint-Eugène : d’époque indéterminée, mais dans la continuité du chemin de Montcenis à La Valotte par Charmoy décrit ci-dessus, il peut être considéré comme une variante, intéressante du point de vue de l’esthétique du paysage, soit dit en passant avec son cheminement bordé de charmilles ou d’ajoncs.  

Incorporée au projet de route n° 42 d’Autun à Lyon par Cluny en 1784, la section Montcenis-Saint-Nizier a été conservée jusqu’à nos jours, à l’exception du tracé par Les Beaujours (1840) qui se substitue à l’ancien passage par la Côte du Poirier, et de la section noyée sous les eaux du lac de la Sorme. Intégrée à la N 80 devenue D 980, qui relie Autun à Mâcon, elle reste auprès des habitants de Montcenis « la route de Toulon », conforme à son usage du 18e siècle.

 

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