LA ROUTE DE ST-DESERT A TOULON-SUR-ARROUX FIN 18eS  

 

LE RESEAU ROUTIER DANS LE SUD DE L’AUTUNOIS A LA FIN DU 18e SIECLE

 

 

3. LES ROUTES DE TROISIEME ET QUATRIEME CLASSES 

 

 

 

3.1. Section de Saint-Désert à Toulon-sur-Arroux

 

Elle constitue un tronçon de la route n° 33 dans le tableau de 1784, de Saint-Germain-du-Bois (limite de la Franche-Comté) à la Généralité du Bourbonnais par Chalon-Givry-Toulon-Luzy. Pour être précis sur notre secteur, c’est la route qui, de Saint-Désert, monte aux Baudots par Les Maisons-Rouges, passe à Montchanin-le-Haut, au Pont Morand, au Gratoux, à La Coudraye. Sur la carte de 1789, elle est revêtue de sable et gravier, sauf une portion empierrée à partir de Saint-Désert.

 

Histoire

 

Pour comprendre le sens de cette route au 18e  siècle, il faut avoir à l’esprit l’une des idées fortes de Gauthey : limiter autant que possible le transport routier entre les voies fluviales en créant des « routes de portage ». C’est exactement la fonction de la route Chalon-Toulon : unir le port de la Saône au port de Digoin sur la Loire, par Toulon, notamment pour le transport des vins de la Côte Chalonnaise, à destination des régions du Centre et de l’Ile-de-France par le canal de Briare, et, inversement, celui du sel marin débarqué à Digoin pour la Bourgogne.

 

Une lettre des échevins de Montcenis précise qu’ « il y a à Toulon un port sur l’Arroux qui est navigable une partie de l’année. Les vins de Couches pourraient se transporter à Toulon et dans les différents cantons du Charolais » [A.D.CO. C 4110]. La canalisation de l’Arroux s’était limitée, en 1733, à creuser un chenal dans le lit de la rivière à Gueugnon. La route de Toulon à Digoin ne sera elle-même construite qu’entre 1765 et 1770 [A.D.C.O. id].

 

La section Saint-Désert-Toulon s’est effectuée par tronçons entre 1767 et 1780, suite à une ordonnance des Elus généraux du 24 décembre 1766. En 1770, la construction de 9 ponts est adjugée à l’entrepreneur Niepce, de Chalon, complétée par un marché de 7 ponts, 10 aqueducs et 1 cassis attribué à l’entrepreneur Amans, de Chalon, pour 4200 livres [A.D.C.O. C 3873].

 

Tracé et voirie antérieure

 

La route Chalon-Toulon se substitue en partie à l’ancienne route des vins de la Côte chalonnaise tendant vers la Loire par Jambles, Moroges, Montchanin-le-Haut, Marigny, Saint-Vallier et Génelard, en usage au milieu du 18e siècle. Par ailleurs, la carte de Guillaume Delisle (1709) montre qu’un chemin relie Montchanin-le-Haut à Blanzy par Ocle et Saint-Gelin, puis se dirige vers Saint-Bérain-sous-Sanvignes et Toulon (selon l’intendant Ferrand, le pont de Blanzy était cependant fort « ruineux » à cette époque). A Montchanin se trouvait un entrepôt pour le sel, et un autre pour les vins qui recevait aussi ceux de la région Chagny-Santenay, remontant la vallée de la Dheune jusqu’à Saint-Julien-sur-Dheune par l’« ancien chemin de Dijon à Charolles », ainsi nommé sur la carte de Cassini [A.D.C.O. C 3531 ; J. Bernardin, 1957].

 

Revenons à notre route du 18e siècle. Elle ne fut certainement pas tracée ex-nihilo, mais à partir d’un itinéraire médiéval, ainsi que l’a montré P. Gras [P. Gras, 1960]. Le plan-terrier de la Mothe-Marcilly (Ecuisses) cite aussi en 1607 un grand chemin tendant de Chalon à Toulon passant par Les Baudots [A.D.SL. 22 J 5]. Le terrier de Montcenis de 1511 mentionne « le chemin de Toulon à Chalon près la montagne de La Garde » (Saint-Bérain-sous-Sanvignes), le « grand chemin du Gratoux à Toulon » et « du Gratoux à Chalon » [A.D.C.O. B 1262]. Le même terrier, mais davantage celui de la Tour du Bost [A.D.S.L. J 698], permettent de présumer les rectifications imposées par la route créée au 18e siècle : par exemple entre la Croix des Mâts et Les Poisses où le passage de la Sorme s’effectuait au «gué Charton », puis entre Fougeret et La Coudraye, où l’ancien tracé, toujours ponctué de chemins et de limites parcellaires, passait à l’évidence par La Valotte. Les documents cités par R. Chevrot à propos de l’hôpital de Saint-Nizier parlent bien d’un grand chemin est-ouest de Chalon à Toulon aux 15e et 16e siècles. Toutefois, il est vraisemblable que celui-ci ait suivi un autre itinéraire par Torcy dont nous reparlerons (cf. 4.2).

On retrouve notre route dans les notes des curés répondant à l’enquête pour la carte de Cassini. Le curé de Moroges note en 1757 que le chemin de Montchanin à Chalon est impraticable « quoique très nécessaire […] puisque c’est par ce chemin que doivent passer tous les sels pour la Bourgogne, les bois de marine », tandis que le curé de Jambles déclare que le principal chemin de sa paroisse est celui « par où on passe […] pour aller de Givry à Toulon qui n’est pas travaillé » : il le situe au nord du village, à mi-côte de la montagne et au-dessus de Charnaille, d’où il rejoint Champlain où l’on croisait la vieille chaussée médiévale mettant en communication la vallée de l’Orbise avec celle de la Guye [A.D.C.O. C 3531].

 

Voirie moderne

 

Devenue route de 3e classe n° 8, puis route départementale n° 9 jusqu’en 1880, la route de Chalon à Toulon et  Digoin fut ensuite sectionnée : chemins de Grande Communication n° 69 de Chalon à Montchanin-le-Haut et  n° 57 de La Coudraye à Toulon, Chemin d’Intérêt Commun entre Montchanin et La Coudraye. Cette modification fait suite à un projet de rectification (1863) entre Les Baudots et Toulon car la route est alors jugée difficile à cause de ses rampes trop fortes. L’ingénieur Renaudeau projetait la construction d’une section neuve des Baudots au Pont Jeanne Rose d’où l’on suivrait la levée du canal : « […] à une route à peu près impraticable à cause de ses inclinaisons, on peut substituer une route à pentes douces [qui] desservira des populations nombreuses, tandis que la première ne dessert que des populations disséminées» [ADSL 2S 486]. L’abandon du projet entraînera le déclassement de la section Montchanin - La Coudraye, malgré les protestations des communes, comme cette délibération du Conseil municipal de Montcenis (26 mai 1863) : « Cette route est la seule voie qui relie Toulon aux communes de Charmoy, Saint-Nizier, Montcenis et Le Creusot […]. Toulon et Issy-l’Evêque envoient une grande partie de leurs produits au Creusot […] Elle est très utile aux communes qu’elle traverse pour amener la chaux dont elles font une très grande consommation pour amender leurs terres, et pour emmener leurs produits au canal du Centre » [ADSL id]. La plus importante rectification consistera en 1880 à contourner la rampe de Montfaucon (commune de Toulon-sur-Arroux) par le bois de Martenet où l’on rejoint la D 10, elle-même rectifiée entre Toulon et Saint-Romain-sous-Versigny [ADSL 2S 171].

En définitive, à cause de son profil très accidenté, la route de Chalon à Toulon et Digoin n’eut jamais le destin que lui assignait Gauthey ; la concurrence du canal lui a porté un coup décisif : d’ailleurs, à l’heure même où l’ingénieur traçait la route, il en profitait pour étudier l’alimentation en eau du bief de partage [A. COSTE, 1994].

 La D 69 de Chalon aux Baudots, la D 977 (ancienne N 477 de Saint-Germain-du-Bois à Montceau-les-Mines), la D 102 puis la D 57 succèdent aujourd’hui à la route n° 33 de 1784, route de portage de la Saône à la Loire : cet itinéraire peut être considéré comme l’ancêtre le plus direct de la R.C.E.A. (N 80 et N 70).

 

© 2017