LA SOURCE CHAUDE DE GRISY  

 

LA SOURCE CHAUDE DE GRISY

A SAINT-SYMPHORIEN-DE-MARMAGNE

 

 

 

L’archéologue autunois Jacques-Gabriel Bulliot rappelle dans « Le culte des eaux sur les plateaux éduens » (1868) que la chapelle de Maison-Dru est située dans le vallon du Grisy, au cœur d’un amphithéâtre dominé par les pentes boisées du revers oriental du plateau d’Uchon, et à la proximité de deux sources : la fontaine Marianne, bienfaisante aux nourrices, et la fontaine Magnol au fond de laquelle une « Wivre » ailée garderait un trésor… Mais à l’orée du vallon de Maison-Dru, entre Saint-Symphorien-de-Marmagne et le carrefour routier du Sautot, presque à la hauteur du confluent du ruisseau de Grisy et de la Brume, il est une autre source sur laquelle les recherches de minerai d’uranium ont eu le mérite d’attirer l’attention, au 18e siècle d’abord, puis au début du 20e s. Il s’agit de la source chaude dite de Grisy, ou de la Crôte, selon le nom des deux hameaux dont elle est proche.

 

  

   En arrière-plan de la Brume, le hameau de Grisy.

 

 

LA BOURBIERE CHAUDE DE LA CRÔTE

 

L’une des premières notices détaillées sur cette source figure dans la célèbre « Description du Duché de Bourgogne » de l’abbé Courtépée. Elle signale une eau minérale dans un pré dépendant du petit fief de la Crôte, dont deux analyses avaient été faites : l’une en 1773 par le savant dijonnais Guyton de Morveau, et l’autre en 1778 par le docteur Durande. Courtépée ne manque pas de vanter les vertus supposées de l’eau : « Elles doivent convenir dans les cas de relâchements d’estomac, dans les crudités glaireuses, les cours de ventre opiniâtres, les maladies de la peau, les obstructions, la suppression des règles : mais il faut les boire à la source, car elles perdent dans le transport la plus grande partie de leur esprit sulfureux. »

 

Puis au siècle suivant, la source semble entourée du plus grand silence. Cependant le monde scientifique va se passionner pour les découvertes de Pierre et Marie Curie, et voici qu’après avoir découvert un minerai d’uranium (autunite) près de Saint-Symphorien-de-Marmagne au 18e siècle, on reparle beaucoup de reprendre les recherches dans notre région : Hippolyte Marlot, qui vient de découvrir les gisements de Grury (1904), oriente ses travaux sur le site des Riaux à Saint-Symphorien. C’est alors que l’intérêt se porte à nouveau sur la « bourbière chaude », notamment par la volonté de M. Debourdeau, propriétaire à Grisy.

 

 

LES PREMIERS SONDAGES

 

A deux reprises, la Société d’Histoire naturelle d’Autun consacre une notice à Grisy. En 1904, Jean Camusat constate que la source est située sur les bords d’une tourbière en activité qui, selon les sondages de M. Debourdeau, a une profondeur moyenne de 1,50 m. Par suite de l’inconductibilité de la tourbe, la température de l’eau restant à peu près constante quelle que soit la saison, J. Camusat relève une température de 21° C. supérieure de 3 à 4° à la température ambiante ; en fait, la qualification de « source chaude » est justifiée par le fait qu’elle ne gèle jamais ; le naturaliste ajoute que l’eau, émanant d’un milieu où les fermentations végétales sont très actives, dégage une odeur sulfureuse, très prononcée au goût, et décelable dans l’environnement selon l’orientation des vents.

 

En 1906, les travaux entrepris par M. Debourdeau permettent à J. Camusat des affirmations scientifiques plus précises. Le marécage est constitué de trois couches superposées se fondant plus ou moins : une couche de fond, sableuse, une couche moyenne de nature argileuse, une couche supérieure argilo-tourbeuse sur laquelle se développe la végétation ; le substrat rocheux du pays étant granitique, une poussée granulitique, après s’être brisée sous les efforts mécaniques de la pénétration, aurait produit une cassure par laquelle a jailli la source.

 

Lors de ces premiers travaux, on enfonça deux caissons étanches jusqu’à la couche sableuse, ce qui  permit de fixer l’eau à un certain niveau et d’observer, dans chaque puits ainsi formé, d’importants dégagements gazeux ; une pompe fut installée pour déterminer le débit estimé à plus de 14 000 litres par heure ; l’isolement de l’eau dans les puits confirma la température constante entre 21° et 21°5 C. ; mais au-dessous de la couche sableuse, elle s’élevait à 23°5 C. ; la radioactivité, mise en évidence par l’analyse des gaz (2% d’hélium et des gaz rares tels l’argon et le néon), résulte, toujours selon J. Camusat, de la circulation des eaux dans des failles contenant des filons uranifères.

 

 

DECOUVERTES ARCHEOLOGIQUES

 

M. Debourdeau poursuit les travaux avec l’aide d’un industriel parisien, M. de Laire, en vue de pratiquer des fouilles et de parvenir à un captage des sources. H. Marlot, qui exploite la mine d’autunite des Riaux depuis 1905, à deux kilomètres de Grisy, s’intéresse aussi à la source. En 1910, dans une plaquette relative à l’exploitation minière, il lui consacre un chapitre.

 

L’accent y est principalement mis sur les découvertes archéologiques. On a trouvé, à un mètre de profondeur, un ancien captage constitué de trois conduits verticaux en chêne ; une conduite faite de tronc évidés mène vers le nord aux vestiges d’une piscine antique ; à ce niveau, divers objets d’époque gallo-romaine ont été rassemblés : débris de tuiles et de poteries, monnaies, symbole phallique en bronze, fibule en or, ainsi qu’une « tête sculptée en pierre d’un style soigné ».

 

Les fouilles sont poursuivies jusqu’à ce que le substrat rocheux soit atteint ; cette fois, ce sont des objets de l’Âge du Bronze et du Néolithique que l’on a mis au jour : pointes de flèche en silex, poteries noires, hache polie en serpentine, une autre en amphibolite, un fragment de bois de cervidé, etc. Comme le souligne H. Marlot, toutes ces découvertes dénotent une fréquentation de la source sinon continue, du moins récurrente sur des périodes préhistoriques et antiques, pendant lesquelles les vertus curatives de l’eau étaient sans aucun doute reconnues. Ajoutons que ce site doit être associé à une voie antique mettant en relation directe Belleville-sur-Saône (et Lyon) avec Autun par le Charolais, qui a laissé peu de vestiges apparents en surface, mais dont la continuité a été mise en évidence par la plupart des archéologues (voir à ce sujet : Emile Thévenot, Les voies romaines de la Cité des Eduens, Latomus, 1969, p. 241-246.)

 

 

LES DEBUTS MANQUES D’UNE STATION THERMALE

 

Le granite ayant été atteint à six mètres de profondeur, on constata que l’eau suivait des failles en sortant par trois griffons rapprochés ; on cimenta les parois, ce qui forma un bassin alimenté par la base ; puis on éleva une voûte en ciment, avec un regard formé d’une grande cheminée carrée permettant l’accès à l’intérieur du captage ; les vestiges de ces installations demeurent encore visibles au milieu des prairies en contrebas de la D 120 et à quelques centaines de mètres au sud-ouest de Grisy (le site est une propriété privée).

 

« Par ailleurs, note H. Marlot, M. Debourdeau a présenté à l’Académie de Médecine de Paris une pétition pour obtenir l’autorisation d’exploiter cette source. Par lettre du 22 juin 1909, cette honorable assemblée, par un arrêté, a accordé crédit à cette demande. […] La concession est limitée à l’exploitation strictement locale pendant une période de trente années, avec l’engagement de ne faire subir à l’eau ni décantation ni gazéification ». La source débitant en moyenne 16 000 litres par heure, la création d’une station thermale complète fut envisagée, mais la Grande Guerre stoppa les travaux. Cependant le docteur Bichet, médecin à l’Hôtel-Dieu du Creusot, utilisa les vertus cicatrisantes de l’eau de Grisy pour soigner les blessés.

 

En 1910, H. Marlot, sans doute inspiré par les obsessions hygiénistes de « l’ère pastorienne », se montrait fort lyrique à propos du projet thermal : « Il serait intéressant pour cette région que cette source, située dans un paysage séduisant, merveilleusement encadré de collines boisées en partie, fût exploitée au plus tôt. […] Il ne serait pas exagéré de prétendre que l’avenir de cette nouvelle station, qui pourrait se doubler d’une station estivale de plein-air, serait assuré par la proximité d’agglomérations importantes, mais surtout par quelques-unes avides de se retremper, de par leurs conditions d’hygiène déplorables [sic] dans un milieu d’air pur et vivifiant, comme nul ne saurait être plus propice que cette riante vallée du Mesvrin, où l’air et la lumière règnent en maître. »

 

BIBLIOGRAPHIE

 

COURTEPEE Abbé, Description du Duché de Bourgogne. 1779, tome 4, p. 322.

 

DEBOURDEAU L, CAMUSAT J. Travaux de recherches en cours à la source thermale de Grisy. Découverte d’une station néolithique et d’un captage en bois avec divers objets de l’époque romaine. Congrès Préhistorique de France, 1908, p. 306-322.

 

MARLOT H. Autunite à radium et source minérale de Grisy. Autun, 1910.

 

REBOURG A. et al. Carte archéologique de la Gaule. Saône-et-Loire. Paris, 1994, tome 4, p. 351-352.

 

CAMUSAT J. Excursion au Creusot et à Grisy. Source thermale de Grisy et exploitations d’uranite des Riaux. Bulletin de la Société d’Histoire naturelle d’Autun, tome 19, 1906, p. 281-319. [Voir aussi bulletin n° 17, 1904, p. 217.]

 

TRUCHOT E. Huit jours à Uchon. Nevers, 1949, p. 141.

 

 

 

 

 

 

 

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