LE PORTAIL DE L'EGLISE A ST-MAURICE-DES-CHAMPS  

 

LE PORTAIL DE L’EGLISE À SAINT-MAURICE-DES-CHAMPS

 

 

 

Architecture et géologie

 

 

LE VILLAGE

 

Saint-Maurice-des-Champs est peut-être le village le plus dissimulé de l’Arrière-Côte chalonnaise. Bissy-sur-Fley et Vaux-en-Pré tombent en cascade sur le penchant occidental d’une colline, de même que Sassangy, le plus offert aux soleils méridien et couchant ; Saint-Martin-du-Tartre et Saint-Clément-sur-Guye dominent sur leur éperon calcaire ; Cersot, Savianges, Germagny et Genouilly ponctuent la vallée de la Guye ; Saint-Maurice, plus encore que Rimont et Fley, déjà un peu secrets, se laisse chercher dans le paysage, discrètement posé sur un plateau étroit entre les cuestas du Tartre et de Saint-Clément-sur-Guye : un œil sur la Grosne, un autre sur la Guye, l’ensemble sous la surveillance du « Mont » (Mont-Saint-Vincent). Extraordinaire linéarité des toitures du village d’où émergent seulement le clocher et quelques peupliers peignant le ciel ; troupeau de toits apeuré, ramassé contre l’église : d’où que l’on vienne, le village est d’un coup sur soi, au détour d’un virage ; et l’ostensible ici, c’est à La Rochette, unique hameau de la commune, qu’il faut le chercher, avec le château des Presles.

 

L’EGLISE SAINT-MAURICE

 

 

 

M. et C. Dickson nous apprennent que l’église de Saint-Maurice-des-Champs fut donnée en 948 à Cluny par l’archevêque d’Arles, et que l’édifice, dans son ensemble, serait du début du 12e siècle. Le plan est simple : une nef courte – à peine dix mètres – plafonnée, éclairée par trois baies étroites et très ébrasées au sud ; une travée voûtée d’arêtes épaulée par des berceaux transversaux et supportant le clocher ; une abside en hémicycle, soutenue par des contreforts, récemment couverte d’une toiture en laves, éclairée par trois baies étroites et une quatrième plus large ; la travée de chœur, qu’inonde de lumière une ouverture moderne, communique avec la nef et l’abside par des arcs en plein-cintre. Le clocher est ajouré de quatre ouvertures en plein-cintre et coiffé d’une modeste flèche. L’essentiel du décor extérieur est porté par le mur sud de la nef, avec des lésènes et des arcatures dites « du premier art roman », et surtout par l’extraordinaire portail.

 

LE PORTAIL

 

A son propos, les archéologues cités évoquent un décor employé au triforium de l’abbatiale de Cluny et au clocher de la basilique de Tournus, à Compostelle même, en suggérant une influence perse (sassanide) transmise à l’occident par les Arabes ; on pense aussi à certains décors observés au Puy-en-Velay (église Saint-Michel-d’Aiguilhe) pour lesquels les spécialistes ont souligné des influences orientales (Egypte copte).

 

                        

 

Il s’agit donc d’un massif de maçonnerie faisant saillie sur le mur et encadrant la porte ; une archivolte, festonnée de petits demi-cercles en creux, retombe sur deux pilastres cannelés et couronnés d’impostes ; le tympan est nu ; la corniche est moulurée d’un cavet et ornée d’oves en creux au-dessus de la clé de voûte ; l’ensemble devait être jadis enduit, à l’exception des pilastres cannelés ; sur les piédroits et le pilastre droit apparaissent des traces d’usure sous la forme de profondes rainures laissées par des lames d’outils (faux, faucille, serpe…), rituellement aiguisées sur ces « pierres sauvages » fréquentes dans les églises du Chalonnais.

Ce portail, assez unique en son genre, paraît aussi remarquable pour son appareil avec, semble-t-il, une discordance entre le programme du maître-d’œuvre, visiblement animé du désir de doter cette humble église d’un décor sobre et élégant, et l’exécution quelque peu maladroite de l’ouvrage : dissymétrie dans l’assemblage des montants, irrégularité et disparité du matériau. Intrigué par la nature même de la pierre, où l’on croit déceler la recherche d’une certaine polychromie, on a jugé utile de faire appel à un spécialiste.

 

M. George Gand, docteur en géologie, connu notamment pour ses études paléontologiques sur les grès de l’Autunois, est donc venu à notre invitation pour visiter les roches du portail de Saint-Maurice. Il y a reconnu des grès rhétiens, « grès roux » très fins à meules [fig. 1] ; des grès de couleur grise, un peu plus grossiers, où apparaissent de menus galets et quelques litages où se sont figés les traces d’anciens courants fluviaux [fig. 2]; deux blocs de calcaire bajocien ont été intercalés dans l’un des piédroits, entre les deux variétés de grès. Ces types de roche se retrouvent d’ailleurs dans l’ensemble des matériaux constitutifs des parements extérieurs de l’église. L’examen plus attentif révèle de nombreux fossiles calcaires à huîtres du sinémurien, calcaires à lumachelles (accumulation de coquillages), calcaires à entroques (ou encrines, dont certains en forme d’étoiles à cinq branches).

 

       

fig. 1                                                              fig. 2

 

LA ROCHE, LES CARRIERES

 

Le plateau de Saint-Maurice-des-Champs, sur lequel s’étendent les dépôts du lias, se termine brutalement, du côté oriental, vers la vallée de la Grosne, par une cassure dans les grès, ici recouverts de forêts ; là furent ouvertes de nombreuses carrières dont les plus importantes, vers le nord, sur la commune de Culles-les-Roches, ont utilisé les grès roux pour la taille de pavés (carrière des Bruyères) ; d’autres, assez étendues, plus au sud, entre les bois de Saint-Martin et ceux de la Rochette, dans le vallon de Vernay, il est probable que les grès de couleur grise en proviennent ; le socle cristallin réapparaît un peu en contrebas de la cassure du plateau, sous le village et le château de la Rochette.

 

*

* *

 

Villages cachés, humbles églises, paysages paisibles, qui ne cessent d’attirer sur eux les regards croisés du géologue, du géographe, de l’archéologue et de l’historien, ou tout simplement de l’esprit curieux faisant de la Bourgogne du sud un gisement inépuisable d’interrogations, d’émerveillements et de découvertes pour qui sait les chercher et les regarder…

 

BIBLIOGRAPHIE.

 

DICKSON M. et C. Les églises romanes de l’ancien diocèse de Chalon. Mâcon, Protat, 1955.

 

GAND G. Sur les traces des premiers dinosaures morvandiaux. 1975. [Du même auteur, de nombreux travaux notamment dans les bulletins de la Société d’Histoire naturelle d’Autun]

 

RAT P. La Bourgogne : une longue histoire inscrite dans le sol. Editions de l’Armançon, 1997.

 

Remerciements au Dr Georges Gand, président de la Société d’Histoire naturelle d’Autun.

© 2017