LES ECOLES D'ANTULLY  

 

LES ECOLES D’ANTULLY

 

 

La loi du 28 juin 1833, dite « loi Guizot », avait prévu que toute commune serait tenue, soit elle-même, soit en se réunissant à une ou plusieurs communes voisines, d’entretenir une école élémentaire. Un an plus tard, le rapport Lorain reste néanmoins consternant : à peine 30 % des communes recensées ont une école et 6 % d’entre elles seulement sont en train d’en faire bâtir une. Cependant, la loi Guizot demeure sans conteste le point de départ de l’évolution croissante du nombre d’écoles communales édifiées de 1833 à 1882, date de la loi Ferry rendant l’instruction obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans.

 

LA MAISON COMMUNE (MAIRIE) ET LA MAISON D’ECOLE DES GARÇONS.

 

En 1835, la commune d’Antully décide à son tour de se doter d’une "maison commune" neuve et d’une maison d’école pour les garçons. Avant cette date, selon la tradition orale, les enfants fréquentaient une classe tenue par Gabriel Theureau, dans l’ancien fournier de la maison seigneuriale (propriété Martinon).

 

L’adjudication des travaux est confiée à Jean Miney, entrepreneur à Couches, qui s’engage à élever le nouvel édifice pour 5 760 F, soit un rabais de 1 500 F par rapport au devis estimatif des travaux dressé par l’architecte autunois Billard. La réception définitive de la construction par le Conseil municipal autour du maire Laguille, eut lieu le 11 octobre 1837. Le nouveau bâtiment, qui s’élève sur un terrain communal, comprend donc la mairie, une salle de classe et le logement de l’instituteur. Nous verrons que le local scolaire se révèlera assez vite insuffisant, mais la mairie s’est maintenue jusqu’à nos jours au même endroit.

 

L’ECOLE DES FILLES.

 

En 1859, Antully pense à se doter d’une école pour les filles, conformément à la loi Falloux qui préconise un tel établissement dans toute commune de 800 habitants et plus. Une première décision municipale est prise dans ce sens le 11 novembre 1858. Le 17 juillet 1859, M. Poillot, maire, n’a pas grande peine à convaincre définitivement son conseil. « Vous savez bien, Messieurs, dit-il, que le local servant actuellement d’école est insuffisant et tout à fait impropre à cette destination… ». Le rapport de l’architecte de l’arrondissement Léger va d’ailleurs dans le sens des propos du magistrat de la commune : 70 à 75 élèves (pour une population totale de 1 514 habitants) s’entassent dans 30 mètres-carrés environ : « dans une étendue aussi restreinte, écrit-il, les jeunes filles s’étiolent par manque d’air […], de là le germe de maladies languissantes toujours très déplorables et par la suite, la dégénérescence des forces morales et physiques si utiles à la campagne. »

 

Le devis estimatif des travaux s’élève à 9 980, 80 F. « Vous trouverez que le montant de la dépense est élevé, explique le maire, il ne pouvait en être autrement attendu qu’une partie des matériaux devront être pris hors de la commune. » Les plans de l’architecte sont soumis au Conseil des Bâtiments civils, à Mâcon, qui émet un avis favorable quant à leur conformité avec les règlements ministériels ; la commune contracte un emprunt de 9 000 F par décision municipale du 11 juin 1860, somme destinée à couvrir les frais de l’entreprise adjugée à Claude Richard, entrepreneur à Autun, qui conclut un marché de 9 681, 38 F. En fait, le montant de l’opération atteindra 9 987, 59 F auxquels s’ajouteront, en 1865, les frais de construction d’un mur de clôture et de forage d’un puits pour 1 263, 47 F. « Isolée de toute habitation bruyante et malsaine, concluait l’architecte, les enfants ne seront pas exposés à recevoir des impressions morales et physiques contraires à leurs mœurs comme à leur santé. »

 

 

L'école des filles, architecte LEGER, 1860.

 

L’ECOLE DES GARÇONS.

 

En 1874, la population scolaire s’est accrue dans de telles proportions que la classe des garçons se révèle insuffisante. Une décision municipale du 8 mars 1874 envisage donc la construction d’une nouvelle salle derrière la maison commune de 1835, et la transformation de l’ancien bâtiment. Les plans, dressés cette fois par l’architecte autunois Roidot, sont soumis à l’approbation du Conseil des Bâtiments civils le 7 décembre 1874. Mais la commune bute sur le montant des travaux estimés à 14 449, 78 F, et espère obtenir un secours sur les fonds publics en faisant appel au Conseil départemental de l’Instruction publique ; dans un premier temps, ce dernier fait modifier les plans pour réduire le coût, puis quatre mois plus tard, oppose un refus catégorique à toute demande de subvention ; à bout d’arguments, le Conseil municipal décide, à la fin de l’année 1875, pour financer son projet, de procéder à la vente d’une coupe de bois aux Charrières, à un prélèvement de 3 250 F sur les fonds disponibles du budget communal, et l’aliénation d’une rente ; pour compliquer les choses, cette dernière mesure provoque une pétition de plusieurs habitants d’Antully. Malgré toutes ces difficultés, les travaux sont adjugés le 2 avril 1876 à M. Creuzevault qui réalisera la nouvelle salle de classe et les transformations du bâtiment initial pour 15 519, 17 F.

 

 

Chacun sait le destin qui devait frapper l’école de garçons, ce 6 février 1944, lorsqu’un bombardier de la R.A.F. vint malencontreusement lâcher sa cargaison sur le bourg : cela se passait un dimanche, jour où, par bonheur, la classe était déserte. En attendant la construction du nouveau groupe scolaire mixte en 1952, accolé à l’ancienne école de filles, les élèves de la classe détruite furent provisoirement accueillis dans la salle des fêtes et dans le café du village.

 

LA SALLE DES FETES.

 

Si nous sommes amenés à traiter de la construction de cet édifice communal, c’est qu’à l’origine on lui vouait une vocation pédagogique : le projet de 1932 évoquait en effet la nécessité d’élever « une salle des Œuvres scolaires et post-scolaires ».

 

« A Antully, commune d’une certaine importance, les écoles sont dotées de préaux minuscules, la mairie est exiguë. Aucune salle ne permet de réunir les adultes pour des conférences. L’instituteur a essayé de faire des cours post-scolaires aux adultes. Les résultats ont été médiocres, car les jeunes gens ne les fréquentent pas à cause du peu d’attrait des cours, intéressants sans doute, mais non appuyés par des moyens récréatifs : c’est la raison pour laquelle la municipalité, d’accord avec l’instituteur, a envisagé la construction d’une salle assez vaste pour créer une œuvre d’éducation post-scolaire vivante. »

 

Les plans dressés par l’architecte Guerrin, d’Autun, datent de 1934, mais la salle ne fut achevée que deux ans plus tard. M. Père se souvient de la fête scolaire qui fut donnée à l’occasion de son ouverture ; le lendemain, elle accueillait son premier bal des conscrits.

 

SOURCES. 

 

Archives départementales de Mâcon : Série O : dossier communal : écoles (O 49)

 

Publié dans le bulletin des Amis du Passé du Plateau d’Antully, n° 4, décembre 1986.

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