LES ROUTES DE 2e CLASSE A LA FIN DU 18e S.  

 

 LES ROUTES DE 2e  CLASSE DANS LE SUD DE L'AUTUNOIS

 

                              A LA FIN DU 18e SIECLE

 

Elles font communiquer les provinces et les grandes villes entre elles ; elles doivent avoir 36 pieds de largeur, dont 15 pour la chaussée.

 

Section d’Autun à Chalon

 

C’est un tronçon de la route n° 35 dans le tableau de 1784, de Louhans à Autun. Mais plus pratiquement, elle constitue une partie de la route postale de Saulieu à Chalon, établie en 1775, avec des relais à Saint-Emiland et Saint-Léger-sur-Dheune. A peine plus longue que la route Saulieu-Chalon par Arnay et Chagny, elle supplante cette dernière en 1786 sur l’itinéraire ordinaire Paris-Lyon, à l’issue d’une concurrence sans merci. [Blin, 1937]

 

Histoire.

Le tronçon Autun-Chalon a été construit entre 1763 et 1772  [A.D.C.O. C 4352]. Sur la carte de 1789, c’est une route empierrée, ce qui justifie l’admiration de Courtépée qui signale une « belle route neuve à Couches » en 1778.

Le 3 juin 1786, une requête des échevins et habitants de Couches aux Elus généraux expose que « Couches est devenu un passage considérable à raison de la grande route que l’on y a ouverte de Lyon à Paris ; c’est là que passent les diligences, la poste, les guimbardes et une quantité considérable de voitures particulières, ce qui fatigue cette route au point qu’il faut souvent renouveller l’encaissement ». Nouvelle requête en 1787 au sujet des « voitures innombrables qui conduisent le vin dans le Charolais, l’Autunois, le Morvand, le Nivernais, le Bourbonnais […]. Cette affluance de voitures rompent cette route au point qu’il y a beaucoup de boue ». [A.D.C.O. C 4353]

 

Ce sont les corvéables qui entretiennent la route, d’où cette requête en diminution de tâches du 1er juin 1784 par les propriétaires et cultivateurs couchois qui doivent extraire et charroyer une toise et demie de pierres par paire de bœufs au printemps, autant à l’automne (chaque métairie compte environ 10 bœufs). [A.D.C.O. id]

 

Tracé et voirie antérieure

 

La section Autun-Chalon reprend en partie, notamment sur le plateau de Saint-Emiland et le val de Mercurey, l’itinéraire de la voie gallo-romaine Lyon-Boulogne, lui-même tronçon de l’axe éduen de la Saône à la Loire par Autun [Thévenot, 1969]. Toutefois, la voie antique franchissait la Dheune à Dennevy et non à Saint-Léger. Dans le tableau routier de 1784, Autun, à la croisée de deux routes postales majeures, celle de Paris à Lyon et celle de Troyes à Limoges, retrouve le rôle de nœud routier qu’elle avait aux époques éduenne et gallo-romaine.

 

La reconstruction de la route au 18e siècle est une véritable réhabilitation, car divers documents montrent que ce chemin était tombé en désuétude au 17e siècle : un rapport de l’ingénieur Jesson, du 29 octobre 1709, laisse entendre que les charrois gagnent Autun depuis Chalon par le pont de Cheilly, Saint-Gervais-sur-Couches et la Drée où l’on retrouve la route Autun-Nolay [A.D.C.O. C 4352]. Ce fait est confirmé par la notice du curé de couches pour l’enquête de Cassini en 1757 : « Le grand chemin d’Autun à Châlon traverse le bourg. Il n’est pas possible d’y voyager pendant l’hyver n’étant point entretenu. Les endroits impraticables de Couches à Autun sont depuis le bourg à St Emiland » [A.D.C.O. C 3530]. Le pont de Saint-Léger-sur-Dheune ne date que de 1713. Autre indice de défection de la route par Couches : la carte de 1789 fait apparaître un chemin parallèle, tracé en pointillé au nord de Saint-Emiland. Il s’agit du vieux chemin par le Pont du Roy et Auxy, vieil itinéraire antique et médiéval, jalonné de vestiges archéologiques. Le Pont du Roy, dont il subsiste des restes sous le barrage du même nom, a été « rétabli » en 1717. [A.D.C.O. C 4352]

Le plan-terrier de Sainte-Hélène et d’Ecoutot (Les Coutots, hameau du Breuil), levé en 1767, montre que l’on passait aussi par Essertenne pour aller d’Autun à Chalon, ce qui laisse supposer un itinéraire au sud de Couches, empruntant la vallée du Mesvrin et la vallée de l’Orbise. [A.D.S.L. G 112]

Cet exemple illustre parfaitement le propos de P. de Saint-Jacob : « A défaut d’une assise technique sûre, les chemins chercheront longtemps avant tout les terrains favorables, tels les parcours de crête sur les plateaux calcaires ou les granites solides. [Mais] les conditions naturelles ne suffisent pas à créer une route excellente […]. Seuls l’empierrement et le drainage pourront améliorer un réseau désuet et sans valeur ». [Saint Jacob, 1960]

 

Voirie moderne

 

La route postale de Paris à Lyon empruntera la section Autun-Chalon jusque vers 1850. Route impériale de 3e classe en 1811, reclassée route royale n° 78 de Nevers à Saint-Laurent-du-Jura en 1824, puis route nationale 78, elle est aujourd’hui la D 978. La rectification du tracé entre Couches et Saint-Léger après 1860 a permis de conserver un beau tronçon pavé entre La Croix Rouge et Les Battées.

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