PETITE HISTOIRE DES LATRINES SCOLAIRES  

PETITE HISTOIRE DES LATRINES SCOLAIRES

 

 

On ne peut séparer l’histoire et l’évolution des « lieux d’aisances » de celles de la « maison d’école » qui, de la loi Guizot (1833) aux lois Ferry (1881-1882), va accompagner l’effort de scolarisation des jeunes français. Pendant ces cinquante années, la nécessité de construire des écoles accompagne la demande d’instruction, devenue au 19e siècle une exigence à la fois sociale et économique. La réponse à cette demande, par un Etat centralisateur, s’exerce en contrepartie dans un esprit de contrôle de l’individu. Le législateur va donc s’efforcer de garder la haute main sur la construction scolaire et cela de deux façons: élaboration de normes de plus en plus en plus précises et contraignantes ; gestion rigoureuse de l’effort financier qui doit accompagner le mouvement.

 

1. L’ÉTAT CENTRALISATEUR ET LA MAISONS D’ÉCOLE

 

Normes et budgets pour contrôler les projets architecturaux

 

Le premier objectif aurait pu être atteint avec la rédaction de recueils de plans-modèles, notamment ceux d’André Bouillon sous la Monarchie de Juillet, de César Pompée sous le Second-Empire, enfin de Félix Narjoux sous la Troisième République. Mais ils n’eurent qu’une influence limitée. De plus, des directives contradictoires émanent des ministères successifs : tantôt on préconise l’uniformisation (1848), tantôt on recommande de s’inspirer des modes constructifs régionaux (ministère Fortoul sous le Second Empire). Résultat : les architectes n’en font qu’à leur tête ; ce sont avant tout des créateurs. On recourt donc progressivement à la réglementation, d’abord sous forme de recommandations techniques (1855), puis finalement par un règlement d’une précision implacable (1880).

 

Par ailleurs, la République ne fait plus confiance au traditionnel Conseil des Bâtiments civils des départements, où les architectes risquent d’être à la fois « juge et partie », service d’ailleurs vite débordé par l’afflux des projets scolaires. Ne l’oublions pas, le 19e siècle est un siècle bâtisseur : les communes construisent ou reconstruisent à cette époque leur église, leur presbytère, lavoirs et fontaines, parfois des halles, et bien sûr leur mairie et leurs écoles ! Un service du ministère de l’Instruction publique est donc chargé d’examiner tout projet de construction scolaire accompagné d’une demande de subvention. On vérifie si tout est conforme aux normes (dimensions, volumes, matériaux, mobilier, etc.). Par la suite on déléguera une partie du travail aux inspections académiques, l’administration devenant parallèlement de plus en plus tatillonne au fil du temps : on contrôle avant, pendant et après les travaux. On se méfie des municipalités qui veulent s’offrir une belle salle de mairie avec leur école (les devis devaient être séparés) ; on chicane pour une fenêtre, une hauteur de plafond, un mur de clôture, une corniche jugée inutile, un cabinet qui manque, la pierre qui coûte trop cher…

 

Second point : l’État veille au grain, car cette ultra-normalisation est la contrepartie d’un effort financier croissant. Les lois Guizot (1833), Falloux (1850) et Duruy (1867) avaient prévu des crédits non négligeables pour aider les communes à s’équiper de locaux scolaires convenables, mais la clé de voûte de l’édifice est la loi du 1er juin 1878 qui crée la Caisse pour la Construction des Écoles. Pour la première fois, un budget spécial de l’État est affecté à cet usage, dans la logique de la stratégie de Jules Ferry : si l’on veut rendre l’école obligatoire, il faut d’une part la gratuité totale, d’autre part des locaux en nombre suffisant. Mais il faut aussi des édifices décents, car trop souvent encore, l’école est tenue dans des immeubles improvisés, inadaptés, insalubres ; on doit donc à tout prix convaincre les parents que leur progéniture ne met pas sa santé en péril par la fréquentation de l’école. Enfin - et par là les Républicains « opportunistes » comme Jules Ferry portent bien leur nom - l’école neuve va devenir au cœur de chaque commune le symbole de l’idéal républicain : c’est par la raison, donc par l’instruction, que l’on pourra asseoir durablement la République. Symbole que traduit fort habilement le corps central de la mairie encadré par les deux ailes de l’école de garçons et de l’école des filles, où littéralement, l’école sert de piédestal à la République !

 

Reconnaissons-le : malgré l’effort de standardisation, en dépit des programmes soumis à des normes coercitives et à des budgets fortement « encadrés », les architectes ont su faire preuve d’imagination, car malgré un certain « air de famille », l’architecture des écoles n’est pas aussi ennuyeuse et répétitive qu’on l’affirme quelquefois.

 

                 

                 Épertully


2. L’ÉDUCATEUR ET LE MÉDECIN

 

Le concours de 1861 auprès des instituteurs

         Parmi les acteurs dont l’influence inégale s’exercera sur la maison d’école telle que le législateur la conçoit, l’éducateur tient une bien faible place. À cet égard, le concours lancé en 1861 auprès des instituteurs par le ministère de l’Instruction publique constitue une exception : « Quels sont les besoins de l’instruction primaire au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? » Les 1207 mémoires reçus ont fait l’objet d’une synthèse qui montre un réel progrès par rapport à la grande inspection lancée en 1834 par Guizot dans toute la France , laquelle avait alors dressé un constat désespérant quant à la situation matérielle des écoles.

 

En 1861, il reste plus de 1 000 communes sans école, et plus de 10 000 d’entre elles se contentent toujours de locaux loués ou prêtés. Les instituteurs déplorent encore majoritairement l’insuffisance des locaux (exiguïté, insalubrité), le mauvais état des logements et du mobilier scolaire, l’insuffisance ou l’absence de préaux, de latrines. Si beaucoup raillent la négligence et l’indifférence des conseils municipaux, beaucoup déplorent aussi le manque de pragmatisme des architectes. L’expérience ne se renouvellera pas : on ne donnera plus la parole aux usagers directs de l’école. Mais les remarques de ces derniers à l’occasion du concours de 1861, jointes aux rapports des inspecteurs primaires, hommes de terrain faisant remonter dans la hiérarchie la dénonciation des abus les plus criants, contribueront à améliorer la situation, et aboutiront à la réglementation autoritaire et méticuleuse évoquée plus haut.

 

Les grandes peurs du 19e siècle : l’eau, l’air, le corps.

Ce sont incontestablement les médecins, et notamment les hygiénistes, qui ont inspiré, bien davantage que l’architecte et l’éducateur, cette réglementation. À en regarder les termes précis, cette dernière exprime parfaitement les grandes peurs du 19e siècle en matière de santé publique, dont l’État se préoccupe presque autant que de l’instruction, et pour les mêmes motifs : la demande économique et sociale ; le contrôle de l’individu au bénéfice du corps social.

 

Une Commission d’hygiène des Écoles créée en 1882 publie deux ans plus tard une véritable charte de l’hygiène scolaire. Elle préconise en outre la création d’un corps d’ingénieur sanitaires spécialisés. Plus modestement, un Comité départemental d’hygiène sera appelé à donner son avis sur les projets soumis à la Commission des bâtiments scolaires (après 1890).

 

Le Dictionnaire de pédagogie (1882-1893) élaboré sous la direction de Ferdinand Buisson, sorte de bible de l’école laïque,  consacre une large notice à l’hygiène scolaire. Dans l’édition de 1911, à l’article « Maison d’école », le mot hygiène revient six fois, auquel s’ajoute les termes significatifs suivants : sain, sanitaire, saleté, foyer d’infection, microbes, maladie, salubrité, propreté, nettoyer, lavage antiseptique, hôpital !

 

L’espace scolaire recueille donc l’ensemble des grandes peurs du 19e siècle. Celles-ci concernent principalement l’eau, l’air et le corps. L’eau tout d’abord, qui concentre sur elles toutes les craintes morbides, qu’il s’agisse de l’humidité atmosphérique, de l’eau d’infiltration ou des eaux stagnantes. Les règlements lui déclarent une résistance constante : l’emplacement même de l’école doit être éloigné de tout lieu humide (mare, marais, etc.) et le drainage du sous-sol est vivement recommandé. L’édifice doit être élevé sur des caves voûtées ou un vide sanitaire, et l’utilisation de matériaux poreux est absolument prohibée. L’eau bienfaitrice apparaît dans le règlement de 1880 qui prévoit l’installation d’une fontaine avec vasque dans la cour d’école ainsi que le nettoyage régulier des latrines.

 

Selon les théories « infectionnistes » antérieures aux travaux de Pasteur sur les microbes, on est persuadé que l’air est chargé de miasmes provenant de la décomposition des matières organiques, et principaux vecteurs des maladies. Aussi est-on attentif dans les règlements au cubage d’air nécessaire pour une classe en fonction des effectifs, et à son renouvellement efficace par des ouvertures et une ventilation suffisantes. Les poussières porteuses de germes sont également très redoutées, aussi sont proscrites toutes dispositions architecturales ou matériaux  qui en rendraient la chasse impossible (recoins inaccessibles, plancher disjoints, etc.). Dans le même ordre d’idée, l’éclairement maximal est considéré comme un moyen indispensable de favoriser la salubrité de l’école. Jusqu’au milieu du 20e siècle, dans la perspective de lutter contre les maladies infectieuses (tuberculose surtout), on en arrive à créer des écoles avec des surfaces vitrées de plus en plus importantes.

 

L’école va être aussi le lieu du « dressage des corps », perçu comme régulateur potentiel de l’ordre social. De nombreux traités de médecine hygiéniste vont s’intéresser aux attitudes vicieuses du corps de l’écolier qu’on prétend discipliner ou rectifier : les recherches concernent au premier chef le mobilier scolaire, pour lutter contre les déformations réelles ou supposées de la colonne vertébrale à l’école ; en second lieu l’éclairement naturel ou l’éclairage artificiel, pour conserver une bonne vue à l’enfant et le préserver de la myopie. Peu à peu l’intérêt de la gymnastique apparaît incontournable, ainsi que les locaux et le matériel réservés à sa pratique.

 

Enfin, il importe de prévenir la manifestation des instincts. À cet égard, en dehors des salles d’asile et des très petites écoles rurales, la mixité n’est pas tolérable. Quand la cloison est supprimée (1880), garçons et filles seront groupés séparément dans la classe (les garçons devant, les filles au fond). Bien entendu, entrées, corridors, cours et cabinets maintiennent une stricte séparation des sexes.

 

Naturellement, ce sont les « lieux  honteux » qui vont faire l’objet d’une vigilance particulièrement sévère. D’abord on tente de remédier par leur disposition à leurs effets indésirables : odeurs, inconfort, morbidité supposée. Mais en même temps, il ne faut pas en faire des lieux que l’on cache, au contraire : tous les règlements insistent sur leur surveillance sans relâche par le maître, depuis tous les points de l’école. De quoi s’agit-il ? En premier lieu, de réprimer sans pitié l’incontinence et la souillure intentionnelle ou non, qui risquent de compromettre l’hygiène élémentaire de l’enfant et le bon ordre de la classe. D’autre part, la crainte de l’accident au bord de la fosse ouverte sous les pieds de l’enfant explique le soin avec lequel on définit les normes dans les moindres détails (dimensions et formes du siège, matériaux, systèmes d’évacuation, etc.). Enfin, il s’agit de prévenir toute dérive jugée perverse : absentéisme injustifié pour échapper aux tâches scolaires, aux punitions, et surtout, combattre la grande peur obsessionnelle du 19e siècle : la masturbation. Depuis la publication d’un ouvrage sur le sujet par un certain docteur Tissot à la fin du 18e siècle, les habitudes onanistes de l’enfant sont en effet considérées comme un fléau, vecteur d’innombrables maladies, qu’il convient d’éradiquer.

 

Dans la pratique, en dépit des règlements et des remontrances de l’administration par le biais des rapports d’inspecteurs, « les lieux honteux » resteront longtemps négligés : par les architectes, qui persistent à les dissimuler dans des recoins échappant plus ou moins au contrôle de l’enseignant ; par les communes, qui mettent peu de zèle à leur entretien, selon les règles prescrites par les hygiénistes, et que l’absence d’eau courante ne facilite d’ailleurs pas. Les administrés eux-mêmes, notamment dans les campagnes, où le contact permanent avec la nature dédramatisait bien des choses, n’y attachent pas à vrai dire une grande importance.  

 

 

3. ÉVOLUTION DES LIEUX D’AISANCES

 

Les petites écoles sous l’ancien Régime

        L’aménagement des lieux d’aisances dans les écoles est sans doute aussi ancien que l’idée même d’organisation de ces écoles. L’un des plus anciens textes à se préoccuper du sujet est l’Instruction méthodique pour l’école paroissiale, paru en 1685, où l’auteur, un prêtre parisien nommé J.R. Batancourt, écrit : « Ces lieux doivent être fermés ; il doit y avoir un petit siège haut de quinze pouces pour s’asseoir : & de peur que les enfants ne montent dessus, & ne tombent dans le trou, il faut mettre une barre ou un bâton de bois, de travers au milieu : il doit y avoir un pot de terre attaché avec une corde pour uriner dedans, & le renverser dans le trou ensuite. »

 

Dans la Conduite des Ecoles chrétiennes, rédigée au début du 18e et publiée en 1720, J.B. de La Salle déclare : « Il faut aussi faire ensorte qu’il y ait des commoditez pour les enfants, y ayant de grands inconvéniens qu’ils aillent dehors dans les rues. »

 

Les écoles d’enseignement mutuel

        Sur un principe importé d’Angleterre où le pédagogue Lancaster (1778-1838) en avait défini les méthodes dans les moindres détails, l’enseignement mutuel parut pouvoir répondre après 1815 à l’immense besoin d’instruction dont les petits français avaient besoin. L’expérience, tentée surtout en ville, restera sans lendemain après 1830. Le système devait fonctionner avec un seul maître assisté de moniteurs, en réalité les élèves les plus avancés, dans des locaux extrêmement vastes pouvant contenir jusqu’à 200 élèves. En France, des pédagogues se chargèrent de diffuser la méthode d’enseignement mutuel et les conditions matérielles de son organisation. Le préau, absent de toutes les prescriptions antérieures, y apparaît pour la première fois avec une triple fonction : rassembler les enfants avant la classe ; autoriser des moments de récréations ; contenir les lieux d’aisances. Il est précisé que ceux-ci, dont l’implantation ne peut en aucun cas incommoder la classe, doivent être situés de façon à ce que le maître puisse de sa place – invariablement fixe à son bureau – surveiller par une fenêtre les enfants qui s’y rendent.

 

Le premier recueil de plans-modèles

        En 1834, paraît chez Hachette le premier ouvrage consacré à l’architecture scolaire, De la construction des maisons d’école primaires. Dans ses commentaires sur les Détails de distribution et d’exécution, l’auteur A. Bouillon consacre un court paragraphe aux latrines : « Le maître doit pouvoir les surveiller de sa place. Pour les enfants, le siège entraîne désagréments et même dangers. Il est préférable d’y substituer des ouvertures à fleur de sol. On obtient ainsi d’ailleurs une plus grande propreté. »

 

Les instructions de 1858

        Davantage inspirés par l’hygiéniste que par l’architecte, les règlements pour la construction des écoles au 19e siècle se succèdent au fil des régimes politiques. Curieusement, ce sont les salles d’asile, ancêtres des écoles maternelles, qui bénéficieront du premier décret (22 mars 1855) relatif à la disposition des locaux scolaires. Ce n’est qu’en 1858 que des instructions précises et pressantes concernent, pour la première fois, les écoles élémentaires. L’inspirateur en est un architecte au nom d’empereur, auteur de plusieurs recueils de plans-modèles, César Pompée. D’abord, l’arrêté ministériel du 14 juillet exige le plan des travaux à exécuter à l’appui de toute demande de subvention. Puis, la circulaire du 30 juillet impose des dimensions et des dispositions applicables à tous les locaux scolaires. C’est alors qu’est exigée la fameuse cloison entre garçons et filles dans les classes mixtes.                        

 

      [voir Annexes] (Lien)


Le règlement de 1880

        Les recommandations de 1858 resteront en vigueur jusqu’à la publication de l’instruction la plus pointilleuse en matière de construction scolaire : le Règlement pour la construction et l’ameublement des maisons d’école daté du 17 juillet 1880. L’auteur est un théoricien de l’architecture publique, Félix Narjoux, proche de la pensée rationaliste de Viollet-le-Duc. Architecte de la Ville de Paris, il s’est fait connaître par la publication de nombreux recueils de bâtiments-modèles communaux. D’origine chalonnaise, il prend parfois des exemples d’édifices (Cheilly, Fontaines, Étrigny…) conçus par son père Lazare Narjoux, concepteur de nombreuses mairies, écoles et églises en Saône-et-Loire. Au ministère de l’Instruction publique, son service est chargé de vérifier la conformité des projets avec la réglementation. Il procède parfois à des arbitrages en cas de concurrence entre plusieurs projets municipaux.


[voir Annexes]

 

                    

                   Dessin de Félix Narjoux, extrait du recueil de 1877


La Commission d’hygiène scolaire (1882) et la Commission sanitaire (1902)

        Créée par arrêté du 24 janvier 1882, cette institution rend ses conclusions après deux ans de travaux sous la forme d’un rapport prescriptif contenant 154 articles recouvrant les thèmes les plus divers : l’emplacement et l’orientation des écoles, l’aération, le chauffage, la ventilation, la propreté, l’hygiène et la santé des élèves (vue, audition, phonation, alimentation, sommeil, repos et travail), construction et mobilier scolaires. [Hygiène des écoles primaires et maternelles. Rapport d’ensemble par le Dr Javel, Paris, Imprimerie nationale, 1884.]


[voir Annexes]

Une circulaire du 23 juin 1896 avait prescrit aux préfets, dans le but d’activer l’instruction des projets de constructions scolaires, de soumettre ces projets à une commission mixte comprenant des membres du Comité départemental d’Hygiène et de la Commission des Bâtiments civils. Mais la loi du 15 février 1902 relative à la protection de la santé publique a supprimé les Comités d’hygiène et les a remplacés par des Commissions sanitaires chargées d’examiner les projets scolaires. Ce n’est qu’en cas de désaccord avec l’autorité scolaire, et aussi pour les constructions imposées d’office aux communes, que les avis de ces commissions doivent être soumis au Conseil départemental d’Hygiène. (Circulaire du 16 novembre 1903)

L’examen des commissions sanitaires doit porter en particulier sur la qualité de l’eau qui se trouve dans l’école. Il est recommandé aux inspecteurs d’académie d’insister pour que des renseignements précis leur soient toujours fournis à ce sujet. Toutes les fois qu’ils le jugent nécessaire, ils doivent faire procéder à une analyse de l’eau. Il leur suffit d’en envoyer un échantillon au laboratoire de la faculté des sciences la plus rapprochée. Des instructions ont été données pour que cette analyse soit faite gratuitement et aussi rapidement que possible. (Circulaire du 4 janvier 1897)

 

Le décret de 1887

        Les dispositions de 1880 inspireront pour l’essentiel les « instructions spéciales » accompagnant le décret du 18 juillet 1887, véritable charte de l’architecture scolaire, dont la plupart des articles seront repris dans les instructions suivantes (1927 pour les écoles maternelles, 1936 pour les écoles élémentaires), et resteront en vigueur jusqu’en 1949.                        

 

École maternelle

 

[voir Annexes]


École primaire

 

[voir Annexes]


 

4. PETITE ILLUSTRATION DES LATRINES SCOLAIRES

 

L’inventaire des écoles communales de Saône-et-Loire (1800-1940), mis en ligne sur le site des Archives départementales, ne fait pas apparaître des « lieux d’aisances » à caractère monumental, tel que l’on peut en observer annexés au « palais scolaire » conçu en 1858 par l’architecte Emile Amé, à Aillant-sur-Tholon (Yonne). Ne quittons pas l’Yonne sans les souvenirs d’enfance de l’écrivain Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye, telle qu’elle les transpose dans « Claudine à l’école » : à propos du nouveau groupe scolaire (1887), elle évoque « les water-closets » à six cabines, trois pour les grandes, trois pour les petites (par une touchante et pudique attention, les cabines des grandes ont des portes pleines, celle des petites des demies portes)… »

 

                    

                       Aillant-sur-Thollon


En Saône-et-Loire, bien conservés depuis le 19e siècle, les « lieux » de l’école d’Épertully conçue sur le type de la villa scolaire (architecte Badet, 1882), se distinguent par leur exceptionnelle élégance. À Saint-Gengoux-le-National, l’ancienne école de filles (Boiret, 1890), on a poussé le raffinement jusqu’à tailler dans la dalle polie de calcaire bleu à gryphées l’empreinte des pieds pour indiquer le positionnement de l’élève au-dessus de la fosse… Les latrines du 19e siècle ont généralement connu un destin misérable (destruction, abandon) ou une reconversion peu glorieuse (local à poubelles, débarras) ; aussi faut-il signaler la reconversion de celles de l’école des Sept-Écluses à Écuisses (Dulac, 1886) en vitrine de la production céramique locale au 19e siècle (établissements Perrusson-Desfontaines).

 

Innombrables sont les rapports d’inspecteur du 19e siècle signalant la défectuosité, la malpropreté (et les odeurs infectes qui l’accompagnent), voire l’absence de lieux d’aisances dans les écoles. La construction des « lieux » n’allait pas de soi, ces derniers étant bien souvent oubliés dans les projets antérieurs aux instructions de 1858, voire au règlement de 1880, et retournés à leur auteur par l’administration. Même inclus dans les pièces techniques et portés au devis, les « lieux » ne sont d’ailleurs pas toujours achevés en même temps que l’école, et passent dans les travaux supplémentaires, exécutés grâce au rabais consenti lors de l’adjudication des travaux ; les mœurs frustes de la campagne ne s’offusquaient pas de voir les enfants se soulager en plein air. Un comble : l’architecte Dulac déjà cité, maire de Savianges et conseiller général, qui a dressé les plans de l’école de sa commune en 1867, tarde à exécuter la construction des précieux édicules : un courrier de l’inspection académique le lui rappelle… le 29 novembre 1880 ! Avec les égards dus à son rang… « Le rapport de M. l’Inspecteur primaire de Chalon dans la visite qu’il a faite le 2 août dernier, signale le manque de cabinets pour les enfants des deux sexes reçus à cette école. Je ne doute point que l’honorable M. Dulac, qui est le maire de la commune, fasse le nécessaire pour remédier à cette fâcheuse situation… » [Archives de S & L, O 2094] Dans la commune voisine de Germagny, c’est tout l’inverse, où l’on voit le ministre Victor Duruy en personne signer sinon rédiger une note à l’intention du préfet le 16 mai 1867, au sujet des latrines de l’école en construction (Bosviel, 1867) : « Le plan n’indique pas dans quel endroit seront placés les lieux d’aisances destinés aux élèves et celui qu’il est convenable d’établir pour l’usage particulier de l’instituteur et sa famille. Je vous prie de faire réparer ces omissions. » [Archives de S & L, O 902]. Heureuse époque pendant laquelle un ministre trouvait le temps d’avoir d’aussi triviales préoccupations…

  

                   

                    Écuisses, école des Sept-Écluses


En conclusion, on ne saurait mieux faire pour la Saône-et-Loire que citer le grand théoricien de l’architecture scolaire du 19e siècle, le chalonnais Félix Narjoux : « Les privés sont un des points les plus importants à étudier dans l’aménagement d’une école, car quelles que soient les bonnes conditions que présente un établissement scolaire dans ses autres parties, des privés défectueux avec la malpropreté  et l’insalubrité qui en sont la conséquence, peuvent, dans un temps donné, les rendre inhabitables ; on ne saurait donc prendre trop de précautions afin d’assurer le parfait et régulier fonctionnement de ce service. » [Narjoux Félix, 1877, p. 93]

 

Bibliographie sélective

 

Recueil de plans-modèles

 

BOUILLON A. De la construction des écoles primaires, Hachette, 1834 [en ligne sur BNF-Gallica].

 

NARJOUX Félix, Architecture communale, Morel, 1870, 3 volumes [en ligne sur BNF-Gallica] - NARJOUX Félix, Les Écoles publiques en France et en Angleterre, Morel, 1877 [en ligne sur BNF-Gallica] - NARJOUX Félix, Écoles primaires et salles d’asile : construction et installation, Morel et Delagrave, 1879.

 

POMPÉE César, Plans-modèles pour la construction des maisons d’école et des mairies, Dupont, 1871.

 

Ouvrages généraux

 

BUISSON Ferdinand (dir), Dictionnaire de pédagogie, Hachette, 1882-1893, article Maison d’école (rédigé par Félix Narjoux ; notice par Ch. Blondel pour l’édition de 1911.

 

DEMNARD Dimitri, Dictionnaire d’histoire de l’enseignement, Delarge, 1981, articles Constructions scolaires, Architecture scolaire, Enseignement mutuel.

 

GROSPERRIN Bernard, Les petites écoles sous l’Ancien Régime, Ouest-France, 1984.

 

LAINÉ Michel, Les constructions scolaires en France, P.U.F., 1996

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